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Chapitre 2 : ACHILLE ET ANTOINETTE Auteur : Germaine Arguin-Gagné
Partie 1 de 2 : Vers les États  
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IX
FÊTE DE L'AMITIÉ

 
   

Pour finir en beauté, si ce n'est en longueur, ces propos décousus, je vous ferai le récit de la fête de l'Amitié, organisée pour mes 80 ans par Christiane, mais à laquelle a collaboré toute la famille. La fête a été un succès. Christiane a mené rondement tous les préparatifs, étant la seule présente à Amqui. Une grande salle, sur le bord du lac Matapédia, recevait les 125 personnes qui ont accepté l'invitation à dîner.


Tous, frères, soeurs, beaux-frères et belles-soeurs étaient présents. Sur les trente-deux neveux et nièces, on déplorait dix absences. Une cousine maternelle, Gisèle, accompagnée de son frère Guy étaient des nôtres. C'est un juste retour des choses puisque j'ai déploré toute ma vie d'être privée de la parenté de ma mère à cause de la distance. Quelques amis aussi nous ont honorés de leur présence. Gilberte avait imploré tous les saints du Ciel pour pouvoir venir. Elle a été exaucée. Nos parents de Montréal, même si la plupart étaient déjà venus nous visiter au mois d'août, ont tenu à revenir. Donc beaucoup de monde était au rendez-vous. On n'a même pas eu à se donner la peine de faire comme le serviteur de l'Évangile qui a dû courir les rues et les places publiques pour emplir la salle.

Toute la décoration était bleue, couleur du patrimoine, créant une ambiance de joie qui disposait tous les coeurs à battre à l'unisson. Benoît, Rosien et leurs épouses étaient à mes côtés à la table et une belle-soeur, Fidélia, veuve d'Henri Gagné. Durant le repas, une amie de la famille, Micheline Archambault, nous a fait apprécier sa belle voix par trois chants que j'avais choisis. Au dessert, elle s'est exécutée de nouveau avec l'Ave Maria. Ses commentaires à chaque chant étaient très appropriés. Après le repas, un accordéoniste et un guitariste nous attendaient pour mettre leur talent à l'épreuve. Plusieurs en ont profité pour se dégourdir; d'autres utilisaient cette rencontre pour converser et renouer avec le passé, car autrefois, ils étaient tous voisins, ces neveux et nièces. C'est dans ces occasions qu'ils peuvent reprendre contact et établir des relations plus suivies. C'est reconnu aujourd'hui, les liens de parenté se dissolvent... par défaut. Il faut cultiver l'amitié par tous les moyens. L'amitié apporte de la joie et conduit au bonheur. La belle température a permis à tous, si tel était leur goût, de marcher au bord du lac en contemplant les beaux paysages d'automne, si beaux que les dieux de l'Antiquité auraient pu y faire leur demeure.

En admirant toutes ces beautés que Dieu nous offre si généreusement, la méditation est facile : «Une belle vie est une pensée de jeunesse réalisée dans l'âge mûr...!» C'est donc le temps pour vous, jeunes de tout âge, de vous préparer une retraite agréable en accumulant «amitiés et souvenirs» qui chasseront ennui et solitude, maladies du vieil âge. Collectionnez les amis que la route parcourue vous offre généreusement.

J'ai été vraiment touchée par toute cette parenté qui est venue m'offrir des voeux de longue vie et m'assurer de leur amitié. S'arrête-t-on parfois à la signification de l'accolade que tous m'ont donnée amicalement...? Elle dit beaucoup pourtant! Elle est accueil et tendresse. L'être humain a besoin de contact; la tendresse est le tissu de notre être : nous avons été créés par l'Amour, et notre nature a besoin d'amour. La vocation de la rose est d'embaumer, celle du coeur est d'aimer. L'amitié entre deux personnes est l'une des plus belles choses qui existent sur terre. Aimer et se laisser aimer, voilà le meilleur moyen de s'épanouir.

Un médecin américain disait que l'accolade était une façon d'améliorer sa santé, de guérir le stress et la dépression, même peut-être d'aider à vivre plus longtemps. L'accolade apporte une sensation d'amitié, de bonheur et de jeunesse parce que deux actions se rencontrent : chacun «donne» à l'autre, chacun «reçoit» de l'autre. Avis aux coeurs blessés, aux coeurs lourds, aux coeurs égratignés. L'accolade d'un bon ami est le remède tout désigné aux malheureux. Cela doit faire partie des médecines douces... assurément! Pour clore sur une note plus sérieuse, je vous dirai que l'amour embellit le monde, l'amour est la lumière qui révèle la beauté ainsi que la bonté qui existent dans les coeurs. Ce regard porté à l'intérieur fait voir aussi ce qui est beau et bon dans la nature.

Lorsque j'ai pris la parole au cours du repas, j'avais le goût de livrer un message. Dans le feu de l'action, j'ai cru l'avoir escamoté. Je vous en donne maintenant quelques portions :

Je veux dire bien haut, que même si on fête mes 80 ans, je ne suis pas vieille, car je n'ai pas déserté mon idéal et je n'ai pas perdu de vue mon étoile qui est accrochée sur la plus haute branche, comme dit la chanson. Je rêve toujours à de nouveaux projets. Je me retrouve dans mon entourage, dans la terre que je cultive, dans les arbres que j'ai plantés et dont j'ai vu pousser la cime vers le ciel. Je me sens encore jeune en mangeant fraises et framboises cueillies malgré les mouches. C'est tout cela qui me fait croire à la Jeunesse et même à l'Immortalité : on vit dans tout ce qui nous entoure.

C'est une opinion courante que de comparer le dernier versant de la vie à la fin des belles années. Là-dessus, j'affirme le contraire. La «retraite», je ne dis pas «vieillesse», car cela a déjà une connotation lugubre, est un beau renouveau dans la vie...! C'est l'occasion de garder son esprit alerte en le cultivant par toutes sortes de lectures. Est vieux celui qui vit de nostalgie. La vie est comme le va-et-vient des marées, c'est l'image des recommencements sans fin. Moi, mon imagination est toujours en excursion sur les «ailes du rêve», elle n'a pas le temps de m'appesantir sur le passé! J'ai réussi à traverser l'océan des âges, comme dit Lamartine, sans perdre l'enthousiasme de ma jeunesse. Le bonheur n'est pas d'avoir beaucoup, mais de tendre vers la Beauté, la Gaieté, la Joie et l'Amitié.

La vieillesse rime avec sagesse. Un proverbe dit : «rester fleur» et se faner ou mourir et «devenir fruit». La retraite est un retour vers plus de paix et de sérénité. Être heureux, c'est habiter son royaume intérieur et y propulser des élans d'amour et de générosité. C'est nourrir un «brasier» pétillant d'étincelles qui enflamme la mémoire et éclaire la route. Entre le soir de sa vie et l'aube rayonnante du Ciel, il est possible de garder un coin de lumière dans son coeur. Pour faire contre poids à la vieillesse, chantons un hymne à la jeunesse :

On a beau changer de ville

C'est toujours le même coeur

Qui bat dans notre poitrine,

Le même coeur qu'autrefois.

Cette neige d'aujourd'hui

C'est la même que naguère

Le même coeur, je vous dis

De cet enfant que j'étais.

Cette souffrance de l'âme

Cette blessure du coeur,

Oui c'est la même douleur

Devant la fuite du temps

Le même enfant, je vous dis

Avec la même tendresse

On a beau changer de ville

On n'oublie jamais sa jeunesse. (André Daigneault)

J'ai reçu plusieurs cadeaux. C'est dans l'ordre que plusieurs aiment souligner «concrètement» leurs bons sentiments. Je vous dis un mot de celui de Léonard, vu son originalité. Il a fait un montage du numéro 247, du journal Le Devoir, paru le jour de ma naissance. Ce montage est laminé sur une plaque de 16 pouces par 22 pouces. Tout mon entourage sait que c'est mon journal de prédilection. Comme la guerre était commencée depuis un mois, la «Une» de ce numéro était : «L'Allemagne se prépare à envahir l'Angleterre». Même si, en 1914, le Canada n'avait que 7,5 millions d'habitants, 45 000 personnes s'étaient déjà portées volontaires en dedans de cinq semaines. Les 3 et 4 octobre, plus de 33  000 Canadiens partaient à bord de trente-trois navires en direction de l'Angleterre.

Fondé par Henri Bourassa, grand tribun devant l'Éternel, Le Devoir en était à sa cinquième année. Le Devoir du temps se vendait deux gros sous noirs. Si vous désirez d'autres informations, vous les trouverez aux Archives nationales, à Montréal...!

Parmi les cartes reçues, j'en relèverai une, entre autres, celle de Lison. C'est une scène de printemps : un pommier en fleurs, que tout le monde aime admirer. Le texte inscrit à l'intérieur est très particulier : «Le parfum que les fleurs commencent à répandre, c'est la gloire, la louange que l'arbre envoie à l'Éternel; il est couvert d'insectes bourdonnants qui composent des psaumes et que l'arbre chante pour le Seigneur...» En plus, Lison a ajouté un petit poème de son cru, qui cadre bien avec le printemps, même si je suis née en automne.

Malgré l'automne bien présent,

J'ai choisi pour vous le printemps...

Car j'ai souvent l'impression, en vous regardant,

Qu'il vous habite continuellement!

Vous dégagez un amour de la vie et une énergie

Que l'on croit souvent réservés aux tout-petits...

Je lève mon chapeau à vos 80 printemps

Que vous savez porter si allégrement!

Et je vous souhaite de tout coeur

L'Éternité de ce printemps intérieur... (Lison)

J'ajoute une pensée du curé d'Ars qui cadre bien avec les propos de Lison: «C'est toujours le printemps dans une âme unie à Dieu.»

J'adore la poésie, mais je me contente de celle des autres. La poésie est la lumière dans les mots de tous les jours et elle dit des moments d'éternité. Les sentiments du coeur s'expriment dans toutes les langues et à toutes les époques... C'est cela l'éternité!

La fin de l'après-midi a vu le départ de plusieurs invités. Un noyau s'est formé autour d'une table et tout en dégustant quelques verres de vin, chacun fouillait sa mémoire pour mettre à jour quelques souvenirs de nos rencontres antérieures. C'est tout calmement que prit fin cette journée ensoleillée toute empreinte de cette douceur d'un beau jour d'automne.

Mais les beaux jours d'automne sont toujours suivis de jours sombres et venteux. Et, en accord avec la couleur du temps, je vous transmets ce poème d'un auteur déjà cité, André Daigneault.

La tempête


Il fait froid dans mon coeur et la neige frissonne

Nous gèlerons sur place si l'Amour ne vient pas

Que tombent sur ma vie des flocons de tendresse

L'espérance est durcie au fond de ma jeunesse

Soufflez, soufflez froidure dedans mon octantaine

Le vent pleure ce soir dans l'hiver qui chavire

Mais je rêve toujours d'un printemps dans mes veines

Comme un buisson ardent dans un désert de rires.

Au moment d'écrire ces lignes, il vente, il neige, un gros brouillard m'empêche de voir la route. C'est vraiment la solitude dans toute sa crudité. Oh! demain le soleil reviendra, et mes pensées seront moins frileuses parce que, de mon étoile, brille toujours l'Espérance.

 
     
     

X

ALLÉLUIA

Maintenant est arrivé le moment de chanter mon Alléluia! je vous ai entretenus de beaucoup de choses à l'intérieur de ces quelques pages que j'ai eu beaucoup de plaisir à écrire même si certaines me rappelaient des faits douloureux. Mais j'ai tout remis dans le coeur de Dieu, les joies et les peines sachant que Lui va les faire fructifier en monnaie d'éternité. Le Ciel est un peu comme la terre qu'on cultive, elle rapporte en proportion de l'engrais qu'on y ajoute; de même au Ciel, nos actions sont «cotées» d'après le degré d'amour dont on les imprègne. Et Jésus est le grand Amoureux qui nous attend là-haut. Il s'offre dans nos Tabernacles. C'est l'amour qui l'y retient et c'est de l'amour qu'il attend.

Soyons empressés pour venir le rencontrer dans son Eucharistie. Je trouve déplorable que des personnes, qui ont toutes les possibilités de le faire, n'ont pas la ferveur nécessaire pour assister à la messe. Oublions le commandement qui nous oblige d'aller à la messe. On doit recevoir l'Eucharistie par amour. Rappelons-nous ce que Bernanos a écrit : «Le plus grand péché est la tiédeur et la médiocrité». Quand on aime Dieu, on ne reçoit pas l'Eucharistie seulement le dimanche, mais à chaque fois que c'est possible. Gandhi disait : «Je me ferais chrétien, si je pouvais rencontrer un vrai chrétien». Être chrétien, c'est se reconnaître «esclave du Christ». Jésus a payé notre rançon par sa mort sur la Croix. Il a des droits sur nous, mais Il n'exige que de l'Amour. Mon point final sera un hymne à Jésus-Crucifié.

Son auteur est un mystique qui a vécu de 1872 à 1948. C'est encore une attention toute spéciale de Jésus, si ce poème m'est tombé sous la main. Il s'agit d'une preuve de plus que notre route est échelonnée de ces petits riens qui embellissent la vie si on sait les voir.

Jésus aux stigmates

Jésus aux stigmates, si nous ne vous avons jamais cherché,

Nous vous cherchons maintenant,

Vos yeux brillent dans notre nuit.

Ils sont nos seules étoiles.

Il nous faut contempler sur votre front les blessures des épines,

Nous avons besoin de Vous, Jésus aux stigmates.

Les cieux nous effraient, ils sont trop impassibles.

En tout l'univers il n'est pas de place pour nous.

Nos blessures nous font mal, où est le baume?

Seigneur Jésus, par vos stigmates, nous demandons votre grâce.

Si, malgré les portes fermées, vous vous approchez,

Ne montrez que ces mains, ce côté qui sont Vôtres.

Nous savons aujourd'hui ce que sont les blessures,

N'ayez pas peur, montrez-nous Vos stigmates,

Nous connaissons ce mot de passe.

Les autres dieux étaient forts; Vous, Vous étiez faible;

Ils dominaient; Vous, Vous avez trébuché sur un trône;

Mais à nos blessures, seules les blessures d'un Dieu peuvent parler,

Et aucun dieu, sauf Vous, n'a de blessures. (Édouard Shillito)



Alléluia! Alléluia!



F

I

N