Aînée de la famille Gendron-Arguin, je
suis née à Saint-Ludger, le 21 octobre 1914, donc un mois après la bataille de la Marne
qui s'est déroulée du 6 au 13 septembre. Cette bataille a donné lieu à la première
victoire française de la première guerre mondiale. L'Angleterre avait déclaré la
guerre à l'Allemagne le 4 août et les guerres de l'Angleterre devenaient nos guerres
d'après le bon vouloir des autorités, même si nous avions voté non à la conscription.
Vous vous rappelez King : «Pas nécessairement, mais si nécessaire.»

Je me suis mariée avec Léo Gagné, fils de
Béloni, de sept ans mon aîné, le 5 juillet 1943. Trois enfants sont nés de notre union
après que nous ayons commencé notre famille par l'adoption de Monique.
- Marie-Paul, né le 11 janvier 1947,
comblait nos voeux les plus chers. J'ai commencé très tôt son «instruction». Ses
premiers jouets étaient des voyelles de l'alphabet, accrochées à son berceau. Elles
étaient peintes de couleurs différentes, ce qui lui permettait de mieux les distinguer.
Avec une telle mère, ne vous surprenez pas si l'enfant savait lire avant d'aller à
l'école et qu'il a pu être prêt, jeune, pour commencer son cours classique. Cela a
été une période très dure pour lui d'avoir à quitter son papa et son chien. Il n'a
pas flanché malgré la nostalgie due à l'éloignement du foyer.
Durant ses vacances d'été, il a connu le travail en
forêt et a aussi occupé un poste de commis-junior à Outardes-4. Sa première année
d'enseignement a été à Causapscal, ce qui lui a permis de connaître celle qui devait
devenir sa femme, Claudette D'Anjou, et de se marier le 3 août 1968. Il a également
enseigné à Amqui, mais l'indiscipline qu'on percevait déjà dans les polyvalentes l'a
dégoûté de l'enseignement. Il s'est inscrit à l'université en 1971 pour obtenir un
baccalauréat en administration et décrocher le titre de comptable agréé. C'est à
Matane que la jeune famille a élu domicile en 1976 et qu'il y a exercé sa profession
jusqu'en 1992.
En 1994, il demeure à Rimouski où il est à l'emploi du
gouvernement fédéral, au Bureau fédéral de développement régional (Québec), ce qui
l'oblige à voyager beaucoup dans l'ensemble du Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie. Il fait
aussi partie du Club Lions, organisme très actif sur le plan social. Claudette est
enseignante, mais elle a élevé ses enfants avant de retourner à l'enseignement. Elle a
toujours été un modèle de femme de maison . Ils ont deux enfants : Jasmin, né le
3 février 1973, et Pascale, né le 26 février 1976. En 1994, ces derniers sont tous les
deux aux études.

- Christiane, née le 25 avril 1948,
s'est mariée à Ozanam Belzile, le 31 décembre 1968. Commencer une nouvelle vie en même
temps qu'arrive une nouvelle année est romantique, mais c'est aussi s'exposer aux
caprices du temps surtout quand il faut franchir 1500 milles de route pour atteindre le
nouveau «chez-nous». Le tout jeune couple nous a quitté le Jour de l'An au soir, à 5
heures, pour Dubreuilville. Plusieurs avaient la larme proche. Il ventait, il neigeait,
température normale en somme pour cette époque de l'année, mais qui inquiétait tout le
monde. Deux chauffeurs se relayaient, ce qui leur a permis de ne pas coucher en chemin.
Dure randonnée, tout de même! Une fois installée, Christiane a travaillé au magasin de
l'endroit. C'était une ville forestière, appartenant à la Compagnie Dubreuil. Chacun
pouvait acheter la roulotte qu'il habitait, ce que Ozanam a fait. Pendant leur séjour
là-bas, Marie-Paul est allé les voir une fois; Léonard, mon mari et moi les avons
visités chacun deux fois à des moments différents au cours des dix-huit mois qu'ils y
ont demeuré. C'était une façon pour nous de tromper l'ennui. Le trajet était long et
difficile, que ce soit en train ou en autobus. J'ai expérimenté les deux. J'ai fait 22
heures d'autobus dont la station était à 20 milles de Dubreuil. Si on voulait prendre le
train du Canadien Pacifique, la gare était à 55 milles. Avec le Canadien National, la
gare était plus proche. Heureusement, ils sont parmi nous maintenant.
Christiane travaille au centre hospitalier d'Amqui, comme
chef du Service des approvisionnements. Depuis dix ans, Bernard Jean est son compagnon.
Ils sont propriétaires d'une résidence à Amqui.
Deux filles sont nées du mariage de
Christiane et Ozanam : Morane, le 10 janvier 1970, à Dubreuilville et Marjorie à
Amqui le 22 avril 1972. Marjorie termine ses études à l'Université de Sherbrooke alors
que Morane est secrétaire juridique. Celle-ci a travaillé deux ans à Rimouski pour un
bureau d'avocats. Son compagnon étant transféré à Baie-Comeau, elle l'a suivi. Elle a
réussi
à se trouver du travail
à temps partiel. Ils sont très contents d'être à Baie-Comeau. Ils sont propriétaires
de leur résidence, une vaste roulotte. Son compagnon, Sony Aucoin est natif des
Iles-de-la-Madeleine et travaille à l'inspection des bateaux. Encore insulaire dans
l'âme, ne voulant pas vivre loin de la mer, il a choisi de vivre dessus... Il apprécie
particulièrement le rhum brun que les équipages étrangers glissent, à son insu...,
dans son porte-document.
- Léonard, né au centre hospitalier
régional de Rimouski le 25 février 1951, est photographe. Il a eu son studio à Amqui
jusqu'en 1983. Depuis, il est à Montréal; toujours photographe, mais à salaire. Il est
célibataire. Son goût de l'étude et des médecines douces l'a poussé à suivre des
cours de massothérapie et ensuite, de phytothérapie. Il est très fier d'exhiber ses
diplômes qui ornent les murs de sa salle de massage. Ce sont des à-côtés qui
arrondissent les fins de mois, mais il tient à ses premières amours : la photographie.
C'est à Trois-Rivières qu'il a étudié les rudiments de son art, car c'est un art. La
technique acquise à l'école n'est pas tout, il faut déjà avoir des prédispositions
spéciales et surtout beaucoup d'esprit d'observation.
Un autre trait de son caractère à souligner est son
côté «jardinier». Il a obtenu un jardin communautaire de la ville de Montréal. Il
ensemence la moindre parcelle qui lui est allouée. Et j'en profite, indirectement... Il
manque d'espace pour laisser les tomates mûrir à l'intérieur alors, j'en hérite. Il a
plusieurs plantes de maison, son logis a plutôt l'apparence d'une serre et il a
développé une certaine connaissance de la culture des orchidées. Je suis heureuse de le
savoir à Montréal. Cela me permet d'avoir, en ville, un pied à terre assuré et
toujours accueillant. Il connaît aussi les voyages à l'étranger. Son portrait ne serait
pas complet si je ne parlais pas de son amour pour les chiens. Sur une ferme, les chiens
font partie du paysage. Une fois adulte, il a eu le sien, un beau chien tout blanc, à
poil long, qu'Alexis lui avait donné et qu'il avait nommé «Québec». Au grand
désespoir de Léonard et de son père , la petite boule de poils a été écrasée au
bout d'une semaine. Le deuxième chien, du nom de «Spring», a reçu une balle dans la
tête parce que son meurtrier ne le trouvait pas beau. Une fois à sa retraite, en
aura-t-il un autre...? Alors moi, je n'y serai plus et je ne pourrais m'y opposer.
Marie-Paul est aussi épris des chiens. Il lui arrive souvent même d'en prendre en
pension en plus du sien. Imaginez, dans une petite maison, en ville...
- Monique, l'orpheline que j'ai adoptée
en 1946, est née le 22 août 1933 et s'est mariée le 12 septembre 1953, à Alexis
Desjardins, de Matane. Monique a été une enfant très obéissante et nous a rendu de
grands services.
Alexis ayant acquis la ferme paternelle, ils y ont
toujours vécu sauf, pour une courte période, à la suite de l'incendie de leur vaste
maison. La ferme ne pouvant lui fournir qu'un revenu d'appoint, Alexis, plein d'initiative
et habile de ses mains, a occupé de nombreux emplois avant de devenir inséminateur.
Depuis 1993, il est à la retraite, ou presque. Sa ferme lui permet de rester actif. De
plus, il s'offre régulièrement des expéditions en mer avec son gendre Réjean et des
excursions de chasse dans les endroits les plus éloignés possible. Il apprécie
tellement la chasse et la vie en forêt que, depuis de nombreuses années, il se réserve
des périodes à l'automne pour agir comme guide de chasse dans la réserve Matane. Les
habitués, toujours très satisfaits de ses services, l'ont affublé du surnom d'«Alex la
Tuque» parce qu'il était toujours coiffé d'une petite tuque, beau temps, mauvais temps,
autant pour tourner les oeufs du déjeuner que pour déguster le gin de fin de journée.
Monique et Alexis ont eu six enfants :
- Magella, né le 12 juillet 1954, a pour compagne
Dolorès Durette.
- Sylvie, née le 30 mai 1955, est mariée à Yves Sirois.
Leurs enfants sont : Annie, née le 23 avril 1977, et Lucie, née le 7 août 1978.
- Philippe, né le 24 septembre 1956, a épousé Marthe
Proulx. Ils ont deux enfants : Valérie, née le 3 avril 1984, et Amélie, née le 21
décembre 1987.
- Johanne, née le 26 mars 1960, est mariée à Marcel
Chassé et ils ont deux enfants : Mathieu, né le 5 septembre 1989, et Martin, né le
25 octobre 1994.
- Louise, née le 6 mars 1961, a uni sa destinée à
Réjean Côté. Ils ont trois enfants : Pierre, né le 21 juin 1985, Julie, née le 9
mai 1987 et Claudie, née le 22 mars 1993.
- Guylaine est née le 15 juin 1964 et son compagnon est
Jude Labrie. Leur enfant, né le 6 octobre 1988, s'appelle Alexandre.
Vous voilà mis en contact avec les descendants immédiats
d'Achille Arguin et de son épouse, Antoinette Gendron. Chacun d'eux aurait certainement
eu une façon différente de présenter la famille. Quant à moi, j'ai voulu tout
simplement laisser aller ma plume, au gré des jours et de mes souvenirs, sans avoir la
prétention de faire une recherche exhaustive sur tous les aspects du vécu de chacun.
Toute la génération de frères, soeurs, cousins,
cousines, à qui Dieu a laissé la vie, sont à la retraite et quelques-uns depuis
quelques années déjà. J'espère que chacun, en bon philosophe, tente de voir les beaux
côtés du temps béni de la retraite. Peu importe l'enveloppe charnelle, on est vieux,
même à 40 ans, lorsque l'on cesse de penser à l'avenir avec des projets. Un peu de
rêve ne fait pas de mal. Se plaire dans les loisirs est un art. Et le secret pour
entretenir l'enthousiasme, c'est de garder en réserve des projets nouveaux. C'est ce que
je souhaite à tous, même aux futurs retraités...!
