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Chapitre 1 : Généalogie de la famille Arguin Auteur : Germaine Arguin-Gagné
   
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Les ancêtres

 
   

Puisque je veux établir la feuille de route des Arguin implantés dans la vallée de la Matapédia, autant commencer par le commencement.

Nos ancêtres remontent à François, né le 17 avril 1706 et baptisé à Cherré, évêché d'Anjou, département de Maine-et-Loire. Ses parents, François Ardouin et Catherine Cognet s'étaient mariés à Contigné, le 31 mai 1703.

Au départ, le nom s'orthographiait Ardouin. Je n'ai trouvé nulle part pourquoi son orthographe en fut changée pour devenir Arguin.

François, à son arrivée au Canada, s'établit dans la seigneurie de Saint-Gabriel, paroisse de l'Ancienne-Lorette. Le 5 novembre 1736, à Sainte-Foy, il se maria avec Hélène Bellot dit Larose, fille de J. Bellot et de Catherine Berthiaume. Son fils, Joseph Arguin et Marie-Anne Boucher ont convolé en justes noces le 9 janvier 1775 à Saint-Henri. Toute la lignée, maintenant, portera le nom de Joseph. C'est vraiment déplorable puisqu'il sera difficile dès lors de suivre la généalogie. Les femmes sont là, heureusement, pour établir la différence.


Joseph, fils de Joseph «I», et Marie Fortier se sont unis à Saint-Gervais, le 14 novembre 1811; leur fils, Joseph, et Rosalie Audet ont célébré leur mariage à Saint-Anselme, le 4 août 1840. Joseph, le quatrième à porter le prénom, et Marie Boutin, mariés à Saint-Sébastien le 18 mars 1871, sont mes grands-parents. Achille et Antoinette Gendron, mes parents, ont convolé en justes noces à Saint-Samuel, le 13 janvier 1914.

Voilà nos ancêtres, de père en fils. Mon grand-père avait deux frères, Cyrille et William ainsi que deux soeurs, Adèle et Rose. Comme ceux-ci n'appartiennent pas à notre lignée, il n'en sera plus question. Au cours des rencontres, on croisera des descendants de ces deux grands-oncles, mais alors il sera exagéré de parler de parenté.

Les parents de mon grand-père Joseph, soit Joseph «III» et Rosalie, ont élevé leur famille à Lampton. En effet, les soeurs de mon grand-père se sont mariées à Lampton, ce qui indique qu'elles y étaient paroissiennes.

Mon grand-père est né en 1848. Il a eu quatre filles et cinq garçons. Les filles sont Amanda, Maria, Valentine et Anna. Celle-ci est décédée six mois après son mariage avec un dénommé Théberge et n'a pas laissé d'enfant. Les cinq garçons sont, dans l'ordre de naissance, Josaphat, marié sur le tard et mort sans enfant, Ernest, Napoléon, Achille et enfin Alphonse qui est resté célibataire. Achille donnera le plus de descendants avec ses neuf enfants dont cinq garçons tandis que Napoléon en aura cinq, dont trois garçons. Quant à Ernest, sa famille comptera trois enfants dont deux garçons. Comme on peut le constater, notre proche parenté ne peut pas être nombreuse.

 
   

Ernest

Ernest a épousé Alexina Foley le 9 juillet 1915. Leurs enfants sont Adrienne, Wilbrod et Georges.

Adrienne, mariée à Achille Lessard le 3 juillet 1939, a trois filles qui vivent aux États-Unis.

Wilbrod, marié à Émilienne Rodrigue, le 14 septembre 1938, a quatre descendants : deux filles, Bernadette et Thérèse et deux garçons, André, mort célibataire, et Denis. Celui-ci vit sur le bien paternel (1). Sa famille compte quatre enfants, Martin, Steeve, Maryse et Stéphan. Steeve, né le 2 juillet 1971, et sa conjointe Lise Roy lui ont donné un petit-fils, Steven né le 8 mars 1991. Ce dernier est donc le quatrième de la génération de Wilbrod.

De plus, Denis représente la quatrième génération à demeurer sur la terre ancestrale. Mon père y a vécu jusqu'à son mariage. Il s'agit d'une très belle ferme située le long de la rivière Chaudière à Saint-Ludger. Le lecteur remarquera probablement que le premier ancêtre s'était installé à Québec et qu'à chaque génération, on remontait un peu plus la rivière à la recherche de lot disponible pour, finalement, s'arrêter à Saint-Ludger.

Georges, marié à Germaine Plante le 22 juillet 1942, est mort le 17 janvier 1977, à l'âge de 57 ans. Il a eu une grosse famille. Voici les noms de quelques-uns d'entre eux : Jacqueline, Clément, Maurice résidant à Lac-Mégantic et qui a un garçon du nom de François, Réal vivant aux États-Unis et Bernardin établi à Sherbrooke.

 
   

Napoléon

Napoléon s'est marié le 11 janvier 1916 à Olivine Pépin, fille originaire de Spaudling, aujourd'hui Audet. La terre qu'il exploitait lui donnait de maigres revenus. Il était connu comme ayant peu de santé, cela ne l'a pas empêché d'être le membre de la famille à vivre le plus longtemps. Son décès est survenu le 11 août 1971 alors qu'il était âgé de 85 ans. Il habitait à Lac-Mégantic avec son fils Paul. Sa femme, Olivine, est décédée le 5 avril 1953 à l'âge de 57 ans et 8 mois.

Olivine a donné naissance à cinq enfants dont trois garçons, Charles, Paul et Jean ainsi qu'à deux filles, Antoinette et Émérentienne. Celles-ci ont chacune une nombreuse famille et elles ont toujours résidé à Sherbrooke. Antoinette, l'aînée et filleule de ma mère, s'est mariée à Édouard Paradis, un employé de la Domtar. Elle est morte en 1993 à l'âge de 77 ans. Émérentienne a épousé Jean-Paul Dupré, un facteur. Pour occuper une partie de ses loisirs, il faisait partie d'un petit orchestre.

Paul, resté célibataire, est mort en 1989 et demeurait toujours à Lac-Mégantic. Charles, qui est de l'âge de Rosien, a deux fils, Daniel et Christian qui ont établi leur domicile à Sherbrooke. Quant à Charles, il a toujours habité à Lac-Mégantic. L'autre fils de Napoléon, Jean, a émigré aux États-Unis et a épousé une parente, Jacqueline, nommée précédemment et fille de Georges Arguin. Ils sont donc cousins. De leur union, une fille prénommée Chantal est née le 22 mars 1966.

Les enfants des soeurs de mon père ne portant pas le nom Arguin, il sera toujours difficile de les identifier comme faisant partie de notre lignée. Je crois cependant intéressant de dire un mot de chacune des tantes Arguin.

 
   

Amanda

Amanda, l'aînée de la famille, mariée assez vieille à Alphonse Langlois le 27 février 1905, a eu quand même une grosse famille, soit Marie, Joséphine, Desneiges, Théophile et Gérard. J'ai connu entre autres Marie, mariée à Napoléon Roy. Ceux-ci ont toujours demeuré à Saint-Samuel, aujourd'hui Lac-Drolet. Un de leurs fils y est bijoutier. Joséphine, religieuse, est morte à Sherbrooke. Desneiges, mariée à un dénommé Mercier, habite aussi à Sherbrooke.

De cette famille, j'ai connu aussi Théophile, l'aîné, de même que Gérard; celui-ci était aveugle. C'était un autre filleul de ma mère; je l'ai rencontré quelques fois à Montréal. La famille Langlois vivait à Spaudling qui, comme nous l'avons vu, était le petit village d'où venait Olivine, l'épouse de Napoléon.

Valentine

Valentine Arguin-Mercier a eu deux enfants de son premier mariage. Son fils, Joseph, dénommé Ti-Jo, nous est bien connu puisqu'il est venu quelques fois nous visiter à Saint-Tharsicius (2). Il s'est marié deux fois, a fait beaucoup d'enfants à chaque fois et a toujours demeuré à Saint-Ludger. Il a vécu sur une ferme jusqu'à sa retraite. Cela ne l'a pas empêché de passer tous les hivers dans les chantiers du Maine.

Il avait une passion, les automobiles. Ce n'était jamais assez beau, assez luisant. Cela fut une grosse épreuve pour lui quand ses yeux ne lui ont plus permis de se tenir au volant. On le disait «en moyens», expression qui avait cours autrefois chez les cultivateurs. D'autres disaient «à l'aise», ce qui signifiait la même chose. Son décès est survenu en novembre 1977. Il était âgé de 74 ans.

Sa soeur, Rose-Anna, religieuse chez les Dames de la Congrégation, était entrée au couvent à 22 ans. J'étais âgée, à ce moment, d'une dizaine d'années et ne l'avais pas vue depuis au moins quatre ans. Plus tard, je l'ai visitée à quelques occasions durant sa maladie. Rose-Anna a vécu sa longue épreuve à l'Institut Pédagogique de Westmount où elle agissait comme cuisinière durant ses années actives. Elle est décédée le 10 mars 1938, à la maison-mère. J'ai assisté à ses funérailles avec une autre cousine, Antoinette, fille de Napoléon.

Dans sa congrégation, les funérailles se déroulaient toujours à la maison-mère, au 3040 Sherbrooke Ouest, à Montréal. L'exposition des défunts se faisait dans le grand salon du parloir, sans égard à celles qui n'aimaient pas regarder les morts, ce qui est mon cas. C'est donc la tête tournée vers la porte que j'ai passé le temps de ma visite qui n'a pas été longue. Nous avons été les deux seules parentes à assister aux funérailles de la cousine Rose-Anna.

Aujourd'hui, le bâtiment ayant servi de maison-mère est occupé par le Cégep Dawson. La communauté n'étant plus aussi nombreuse, il était possible de vivre dans un espace plus restreint. La communauté a donc déménagé. La chapelle très richement ornée contenait le tombeau de Marguerite Bourgeois que l'on a transféré dans la nouvelle chapelle. Depuis la béatification de cette dernière en 1950 par Pie XII (la canonisation fut célébrée le 31 octobre 1982 par Jean-Paul II), son tombeau attire beaucoup de pèlerins. C'est au retour du voyage fait à Rome pour cette béatification que s'est produite la tragédie du mont Obiou où périrent des pèlerins québécois.

Ma tante Valentine, devenue veuve jeune, s'est remariée à un dénommé Blanchette en 1906. De ce mariage sont nés deux enfants que j'ai connus également. La fille, Maria-Anna, était mariée à un Roy, de Cookshire; elle est morte depuis quelques années. Le garçon, Alphonse, était frère du Sacré-Coeur. Il est mort à Rimouski en décembre 1990.

 
   

Maria

Maria Arguin-Lapierre, la plus jeune des soeurs de mon père, a eu une courte vie. Elle est morte en août 1908, à l'âge de 26 ans, après avoir été la troisième épouse de Napoléon Lapierre. Elle laissa deux orphelins : Ludger et Adrienne. Cette dernière, religieuse à Saint-Damien de Bellechasse chez les Soeurs du Perpétuel Secours, est toujours vivante au moment d'écrire ces lignes.

Adrienne est entrée au couvent très jeune, parce qu'elle n'était pas la bienvenue à la maison. Son père s'était remarié une quatrième fois et sa nouvelle épouse tolérait mal les enfants de la deuxième et de la troisième femme. La seule enfant du deuxième lit, une fille, était au couvent elle aussi. Adrienne avait vraiment adopté les réflexes inculqués par sa congrégation. Vous pourrez en connaître plus long sur la mentalité des religieuses de ce temps par l'anecdote qui suit. Un jour, ayant rencontré Adrienne lors d'une visite à Québec, je l'ai invitée à venir dans notre paroisse où elle pourrait revoir son frère. Elle a accepté avec joie, car elle avait peu l'occasion de sortir. Elle a été contente de connaître comment on vivait à Saint-Tharsicius. Son frère a voulu aller la reconduire au couvent, car il n'était pas question pour une religieuse de sortir sans accompagnement. Elle a accepté à la condition que je les accompagne parce que, dit-elle : «Que vont dire les religieuses de me voir avec un homme...?» Vous avez là un exemple de ce qui pouvait se passer, avant le Concile, dans la tête des religieuses qui étaient restées accrochées aux moeurs et coutumes du dix-neuvième siècle. Heureusement, le «Synode sur les gens consacrés», qui s'est déroulé en 1994, a agrandi les brèches ouvertes par le Concile.

Le frère d'Adrienne, Ludger Lapierre, est arrivé à Saint-Tharsicius en 1933. Il s'est marié à Desneiges Halley de Saint-Ludger en 1942 et est décédé en 1984, à l'âge de 78 ans. Ils ont eu une belle famille. Plusieurs de leurs enfants ont fait des études universitaires.

Après avoir fait mention rapidement des oncles, des tantes, des cousins et cousines de notre lignée, il est intéressant de soulever le voile sur des portions de la vie de mes grands-parents. J'en connais peu de choses, à vrai dire. Quand j'étais jeune, l'histoire éveillait peu de réflexes en moi. Aujourd'hui, les morts ne peuvent nous fournir des renseignements et comme la constitution d'archives de famille était une préoccupation inexistante à l'époque, il est difficile de connaître les faits marquants de leur vie. D'avoir vécu loin de nos origines est aussi un handicap. Tous les principaux témoins sont disparus aujourd'hui. Et je suis la plus vieille. Les éléments qui ne seront pas dévoilés dans ces quelques pages ont, par conséquent, toutes les chances de sombrer dans l'inconnu.

 
   

Mes grands-parents

Mon grand-père Joseph était grand et il marchait avec une canne; il souffrait de rhumatisme sur le vieil âge. Je ne me rappelle pas qu'il soit venu nous visiter à Saint-Samuel. Pourtant, nous n'étions éloignés que de dix milles. Il était toujours assis à la même fenêtre, avec sa pipe. Il est mort en mars 1926, à l'âge de 78 ans, léguant son bien à Ernest et à Josaphat.

Ma grand'mère (3), Marie Boutin, toute menue, n'était pas grande; elle avait une bonne santé, si je considère toute la besogne qu'elle abattait. Ernest et Josaphat ont toujours vécu à la maison paternelle. Comme la femme d'Ernest, Alexina, passa la plus grande partie de sa vie dans une maison de santé, ma grand'mère dut élever les trois enfants qui étaient en bas âge lorsque leur mère les a quittés pour l'hôpital. Elle s'occupa également des deux enfants nés du premier mariage de Valentine. Ils étaient plus âgés, néanmoins cela amenait un surcroît de charge.

Mon grand-père était un «gros» cultivateur à l'aise, c'est-à-dire que sa famille ne manquait de rien pour ce temps-là. Cependant, ma grand'mère se pliait à toutes les besognes de la ferme. Un printemps qu'elle faisait du savon, dehors, au grand vent, elle reçut du caustique dans un oeil; graduellement, elle devint aveugle. Elle a continué à faire sa besogne comme si rien n'était. Elle a même continué à cuire le pain pour sept personnes. Un jour, à mon grand étonnement, elle m'avoua : «Si tu savais combien de fois je me suis brûlée en mettant ou en retirant le pain du four et même en chauffant le poêle.»

Elle est venue nous visiter une fois à East Angus. Je l'ai revue, chez elle, en août 1934. Elle était alitée et j'avais alors 19 ans. Elle est morte en 1936, à l'âge de 85 ans. J'espère que depuis, elle se repose dans les bras du Père.

Malgré les épreuves qui se sont échelonnées au long de leur vie, c'était un couple heureux, de ce bonheur simple qu'on goûte à l'ombre du devoir accompli. Ils ont pu célébrer leurs Noces d'or. Une seule de leurs quatre filles, Amanda, était alors vivante. C'était en 1921. Compte tenu que mes parents ne m'ont pas amenée à la fête, il ne m'en reste qu'un souvenir : «On a parlé d'une coutellerie, comme cadeau». Cependant, je possède le texte de l'adresse qu'on leur a lue :

«Chers parents.

La fête qui nous réunit en ce jour, émeut profondément nos coeurs et vous lisez dans les yeux de vos enfants et petits-enfants, les plus doux sentiments de tendresse et de vénération. Mais l'émotion la plus vive est pour vous, vénérés parents, parce qu'elle a sa source dans le tableau vécu d'une touchante cérémonie dont les ans ne sauraient effacer le souvenir.

Il y a cinquante ans, vous vous étiez agenouillés côte à côte au pied de l'autel, et dans toute l'ardeur de votre jeunesse, vous vous étiez promis amour et fidélité jusqu'à la mort. Ce matin vous vous êtes retrouvés priant ensemble sous la main bénissante du prêtre, le coeur débordant de gratitude envers le bon Dieu que tous deux avez si fidèlement servi.

Il y a cinquante ans, vous formiez le projet d'élever une famille dans l'amour et la pratique de notre sainte religion. Bien-aimés parents, soyez fiers aujourd'hui en voyant cette couronne d'enfants et de petits-enfants qui vous entourent de leur plus sincère comme de leur plus respectueux amour. Laissez-nous, en ce jour si radieux, vous exprimer notre tendresse et vous redire notre filiale reconnaissance pour toutes les peines que vous vous êtes données pour nous, pour les sollicitudes dont nous avons été l'objet de votre part.

Ah! il me semble voir vos chères filles qui nous ont quittés pour un monde meilleur se joindre à nous pour vous bénir et louer hautement les vertus qui ont fait de vous des époux selon le coeur de Dieu.

Oui, chères soeurs qui habitez le Ciel, mêlez vos accents joyeux à nos faibles voix et bénissons ensemble nos vaillants parents. Fasse le Ciel qu'ils soient heureux ici-bas et qu'au terme de leur longue carrière, ils soient comblés de gloire et de bonheur.

Ces souhaits que nous formulons pour vous, nous vous les offrons, vénérés parents, en demandant à Dieu leur pleine réalisation. Veuillez les agréer et croire à la profonde reconnaissance et entier dévouement de vos enfants.»

C'est ma mère, Antoinette, qui a lu l'adresse. Voilà pourquoi je suis en possession de ce document. Mentionnons cependant que le texte avait été écrit par les religieuses de la paroisse. En effet, maman, qui n'avait qu'une petite 4 e année, ne se sentait pas en mesure d'exprimer adéquatement les sentiments que suscitait cette cérémonie. L'instruction étant peu répandue à cette époque lointaine, les religieuses de même que les curés avaient souvent à rendre de tels services.

Après la mort de ma grand'mère, mon oncle Alphonse, qui était célibataire, est venu rejoindre ses frères sur la ferme. Trois hommes sans femme... La fille d'Ernest, Adrienne, alors âgée de 18 ans, était au service de ces trois «orphelins» ainsi que de ses deux frères, Wilbrod et Georges.

Elle s'est mariée, deux ans plus tard, de même que son frère Wilbrod; ce dernier a donc amené une bru à la maison. Comment s'en est-elle tirée, la pauvre...? Je l'ignore. Elle m'a dit qu'elle aimait bien son beau-père. Émilienne, c'était son nom, a toujours eu une bonne santé; elle était très entreprenante et très efficace.

Le deuil devait frapper cette maison déjà bien éprouvée. En 1955, Ernest est mort en février après seulement deux jours de maladie tandis qu'Alphonse, souffrant d'un cancer, est décédé en août, sans avoir reçu les soins requis. Les centres locaux de services communautaires (C.L.S.C.) n'existaient pas et personne n'était disponible pour soigner les grands malades à domicile.

Alexina, la femme d'Ernest, était de retour à la maison depuis un an. Après la mort d'Ernest, Josaphat a trouvé tout à fait normal d'épouser l'hôtesse des lieux, puisqu'il ne pouvait l'envoyer; elle était chez elle et lui, tout autant. Tout comme Alphonse, il n'a pas été heureux. Sa femme était restée ébranlée après un si long séjour dans un hôpital psychiatrique. Elle prenait peu d'intérêt à la maison. Il a manqué de soins, lui aussi, et, en 1958, il est mort d'un cancer à l'âge de 73 ans.

 
   

1.

1 Bien paternel : expression utilisée pour désigner la terre paternelle.

2.

2 Je crois qu'il est préférable d'orthographier Saint-Tharsicius avec le «s» en premier lieu même si la Commission de toponymie fait le contraire. Lorsque le «si» vient juste avant le «us», il doit être prononcé «zi» et cela ne correspond pas à la prononciation réellement utilisée.

3.

3 J'aime bien utiliser l'apostrophe plutôt que le trait-d'union même si l'Académie française en a proscrit l'emploi en 1932.