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Chapitre 2 : ACHILLE ET ANTOINETTE Auteur : Germaine Arguin-Gagné
Partie 1 de 2 : Vers les États  
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VII

CHRONIQUES DE VOYAGES

Nous avons inauguré cette ère de liberté par un voyage aux Îles-de-la-Madeleine. Le 11 juillet, le train nous conduisait à Gaspé et, de là, nous atteignions les Îles par avion. Mon mari ne prisait pas beaucoup l'idée de prendre l'avion. Il était très nerveux, son petit «flasque» lui a été d'un grand secours avant le départ. Je n'ai pas été enchantée de notre baptême de l'air. On ne nous a même pas servi une tasse de café et l'avion n'était pas chauffé; je ne me rappelle pas si c'était habituel ou à cause d'un bris quelconque. Du haut des airs, le paysage nous apparaissait assez particulier; les maisons n'étaient pas alignées sur un rang comme dans nos campagnes; elles nous semblaient piquées un peu partout à travers champs. Les dunes de sable le long du littoral constituaient aussi un élément vraiment nouveau. Il n'était pas question de baignade. Il faisait très froid, les glaces étaient parties depuis seulement une semaine.

Comme souvenirs de voyage, ce n'est pas fameux non plus. Le tourisme était peu développé en 1972, aucun transport en commun n'était disponible. Nous avons pris un taxi pour une journée pour un prix convenu à l'avance et nous avons visité la ville et les environs. Mon mari a dîné dans un petit restaurant de campagne. Je me suis contentée de regarder son assiette puisque la bouillabaisse avait l'apparence d'une gibelotte peu appétissante et que les prix étaient exagérés pour si peu.



Mon voyage aux Îles n'aurait pas été complet si je n'avais pas récolté quelques bribes d'histoire. Je connais très peu cette partie de notre pays. En général, cela vaut aussi pour un grand nombre de québécois. Je crois donc intéressant de relever quelques faits qui feront connaître davantage ces îles, si loin de nous, et dont l'histoire se confond avec celle du Québec. Les notes qui suivent ont été tirées du livre de Chantal Naud :



«Le Traité de Paris signé en 1763 après la bataille perdue des Plaines d'Abraham avait rattaché les Îles à Terre-Neuve devenue anglaise depuis 1713. Ce n'est qu'en 1774, par l'Acte de Québec, qu'elles reviennent au Québec.



Comme chacun sait, autrefois Anglais et Français se sont fait souvent la guerre. L'Histoire nous dit que leur première bataille en Amérique du Nord a eu lieu en 1597 aux Îles pour obtenir la suprématie de la chasse aux morses. Un détail en passant, le dernier morse tué aux Îles le fut en 1799.



Qui a colonisé les Îles... ? Plusieurs ont essayé : Nicolas Denys, en 1653; François Doublet, en 1663; le Comte de Saint-Pierre, en 1719. Apparemment sans beaucoup de succès. Ensuite l'archipel fut concédé en seigneurie, en 1798, à Isaac Coffin, par lettres patentes du «Colonial Office» de Londres, signées au Château Saint-Louis qui fut incendié en 1834. Les habitants des Îles eurent à vivre quantité de problèmes à cause de ce statut seigneurial. Le dernier seigneur fut Aaron Paltiel. Enfin, le gouvernement du Québec s'est décidé à voter la loi favorisant le rachat des rentes payées aux seigneurs et à leurs descendants et ce, en 1958, grâce à la persistance de Hormidas Langlais, député de l'Union Nationale durant vingt-six ans.



En 1748, on trouve aux Îles 500 habitants; vingt-cinq ans plus tard, 840 habitants dans 195 familles et, en 1850, 2202 âmes. La progression continue; cinquante ans plus tard, la population passe à 10 550 pour atteindre 14 130 en 1981. Mais dix ans plus tard, elle était redescendue à 13 991.



C'est en 1765, qu'un groupe d'Acadiens, venant de Saint-Pierre et Miquelon, sont arrivés aux Îles avec leurs missionnaires français, les pères J.-B. Allain et Lejamtel. Le premier baptême a été une fille, sous les noms de Françoise Anne Bourg, le 24 juillet 1793. Le premier missionnaire québécois, en 1812, fut J.-L. Beaulieu, natif de Baie-du-Febvre. Le premier curé résident : l'abbé Madran, de Saint-Ours. Le premier prêtre né aux Îles, Ch-Nazaire Boudreau, est nommé curé en 1849. Les Îles sont divisées en six paroisses et ont été sous la juridiction du diocèse de Charlottetown jusqu'à l'érection du diocèse de Gaspé, en 1922.

Comme le téléphone n'a fait son apparition qu'en 1915, pour communiquer avec l'extérieur, les insulaires se servaient d'un câble sous-marin, installé le premier août 1880, entre Old Harry et le Cap Breton, mais rompu en 1910. C'est à ce moment que le Ponchon est entré dans l'Histoire. Pour alerter le Fédéral au sujet de leur isolement complet, la population des Îles décide de mettre son message dans un baril et de le lancer à la mer; il sera recueilli à Port Hastings, Nouvelle-Écosse. Après cette aventure, les Îles auront droit à une station de radio, en 1911.

Voici quelques noms importants à avoir visité les Îles :

- monseigneur Plessis, le 19 juin 1811, sur la goélette Angélique. Une croix fut plantée à cette occasion à Havre-Aubert;

- monseigneur Stagni, délégué apostolique, en 1914;

- le frère Marie-Victorin, en 1919;

- le duc Devonshire, gouverneur général, en 1920;

- Franklin Roosevelt, en touriste, juste avant la guerre de 1939;

- monseigneur Ilde brande Antonuetti, délégué apostolique, en 1952;

- Pierre Elliot Trudeau et Jean Marchand, en 1970; il va sans dire que Robert Bourassa y a fait son tour, lui aussi, le 24 octobre 1991, pour l'inauguration d'une centrale d'Hydro-Québec.

Éducation : une école a été ouverte en 1839 par les soins de l'abbé Bélanger avec Ursule Morin, comme institutrice. Trois religieuses viendront le 5 août 1877 et plusieurs autres suivront. En 1966, une école secondaire voit le jour avec, comme assistant directeur, le frère Julien Bonneau, devenu notre curé à Saint-Tharcisius en 1994. Depuis 1983, il y existe un cégep.

En fait de journaux, Le Phare a paru de 1946 à 1952. La Boussole a été le suivant, de 1953 à 1962, puis Le Madelinot qui était avant tout l'organe du Parti Libéral. Le Radar fut fondé en 1972, grâce à un projet d'initiatives locales; il sera hebdomadaire. Comme instrument culturel, il faut aussi mentionner le musée de la Mer, fondé en 1969, sous la direction de l'abbé Landry qui en a fait l'oeuvre de sa vie.

Voici d'autres moments qui ont fait date dans les annales des Îles : l'apparition des autos en 1917; on ouvre les chemins d'hiver en 1960; les Îles perdent leur député fédéral et sont rattachées à Bonaventure en 1968; en 1975, Québec-Air fait son apparition.»

J'espère que ces quelques rappels de l'Histoire ne vous ont pas rebutés, et qu'au contraire, vous aurez le goût de lire le livre de Chantal Naud.

Paul Hubert, ancien inspecteur d'école et originaire des Îles a écrit aussi un autre livre sur le même sujet intitulé Les Îles-de-la-Madeleine et les Madelinots.

L'histoire procure beaucoup de plaisir à ceux qui s'y attardent, plaisir qui en vaut bien d'autres; elle est ma préoccupation première. Le hasard a voulu que je connaisse en 1968, une société qui comblait mes voeux : la Société d'Histoire de l'Église catholique du Canada. Les membres se retrouvent en congrès à tous les ans et les communications paraissent dans un livre. J'ai eu la joie d'assister à tous les congrès depuis 1969. Pour récompenser mon assiduité, les membres du conseil d'administration de la Société m'ont décerné le statut de membre honoraire depuis le début des années 80. À ma connaissance, seulement deux autres membres bénéficient de ce statut : le père Hurtubise, un oblat, et le père Giguère, un jésuite.

Mon vingt-cinquième congrès s'est déroulé en 1994, à Rimouski. Pour moi, c'est toujours l'événement capital de l'année, et j'y goûte à chaque fois beaucoup de plaisir. J'ai grandement apprécié le contenu et les rencontres de chacun des congrès. Mais, j'ai pris un intérêt particulier aux assises du congrès de Rimouski. Est-ce là le pressentiment que c'est mon dernier...? Plusieurs ne sont pas comme moi, assidus à tous les congrès. Deux des membres que je connaissais particulièrement n'étaient pas venus depuis dix ans, d'autres s'étaient absentés depuis trois ans. Certains n'avaient pas assisté au congrès de l'an passé et étaient présents cette année. Ces présences et absences ajoutent un effet de surprise à nos assemblées presque toujours tenues sur un campus universitaire. Le banquet est très animé et suivi d'une conférence; un concert fait ordinairement suite. À Rouyn, on nous avait laissé du temps pour visiter des lieux historiques. En plus de me faire connaître des pans d'histoire, ces rencontres me permettent de sortir de mon milieu, de connaître des amis nouveaux. J'offre mon amitié généreusement; c'est l'étincelle d'Infini que Dieu a déposée au fond du coeur humain. C'est naturel de vouloir fraterniser. Semons l'Amitié à tous vents : c'est ce qui manque le plus ici-bas.

Les assises de 1995, se tiendront à Winnipeg. J'irai si des compagnes veulent y venir. Le congrès de 1970 se tenait aussi à Winnipeg : une semaine libre et loin de la routine, je jubilais. Depuis que je fais partie de la Société, c'est le seul qui ait duré une semaine.

Je suis loin du propos de mon voyage aux Îles, mais j'y reviens. Au retour, l'avion nous a conduits à Charlottetown, capitale de l'Île du Prince-Édouard. Il y a beaucoup à visiter dans cette province malgré sa petite étendue de 5657 kilomètres carrés.

Nous avons remarqué que l'herbe est d'un vert beaucoup plus tendre qu'au Québec, sans doute dû à l'humidité constante apportée de tous les côtés par la mer. La composition du sol influence aussi la couleur de la végétation.

Encore un peu d'histoire... c'est mon péché mignon! L'Île du Prince-Édouard est le berceau de notre Fédération tant décriée par plusieurs depuis longtemps. Et pourquoi? Tout simplement parce que les ministres du temps ont signé pour une Confédération et, au fil des ans, nos politiciens d'Ottawa en ont fait une Fédération... Il est intéressant de sortir de l'oubli la raison qui a amené les provinces à désirer l'union. Il s'agit d'une question économique, il va sans dire...! Les provinces de l'Atlantique voulaient le chemin de fer. Déjà, en 1836, La Prairie était reliée à Saint-Jean-Richelieu par un chemin de fer. En 1851, grâce à la Brasserie Molson, qui a fourni vingt pour cent du capital, un train circulait toute l'année et pouvait même, de Montréal, atteindre les États-Unis où l'on établissait une correspondance avec un autre train américain. Sherbrooke aura aussi son chemin de fer en 1853.

Pour avoir un chemin de fer, les provinces de l'Atlantique avaient besoin d'argent. On s'adressa à ce qui formait depuis 1840, le Canada-Uni : le Québec et l'Ontario. En unissant leurs capitaux, ils pouvaient réussir. Après des assemblées et des pourparlers sans nombre, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick ont signé pour une Confédération avec le Québec et l'Ontario, en 1867. Leur voeu se réalisa. En 1876, Halifax et Moncton étaient reliées à Québec par le train. Charlottetown, où s'étaient tenues toutes les conférences, n'a pas jugé bon de joindre la Confédération avant 1873. C'est à cela que j'ai pensé en mettant les pieds à Charlottetown.

L'hiver 1973 nous a amenés à Miami, par autobus. On a réalisé qu'on accédait à un autre monde : se faire chauffer la «couenne» en mars, et même prendre un «coup de soleil» sur les cuisses...! L'itinéraire de l'autobus nous donnait l'occasion de visiter plusieurs sites en cours de route, tels Silver Springs, Disney World, pour ne nommer que les plus importants. Le fait de coucher à différents endroits nous amusait beaucoup, mais un soir, pour atteindre l'hôtel réservé, il a fallu faire un long détour à cause d'une tempête de neige. Ah! notre Québec n'était pas si loin! Parmi tous les visages nouveaux rencontrés, nous nous sommes faits de bons amis demeurant à Jonquière et avec qui nous sommes restés en relation jusqu'à l'automne 1988. Les relations établies et conservées avec quantité de gens qui faisaient route avec nous fut le point retenu comme le plus agréable de tous nos voyages.

À l'hiver 1974, nous sommes allés en Espagne, à Torremolinos. Nos amis de Jonquière étaient aussi du voyage. Là, nous avons lié amitié avec un couple de Paris qui nous a reçus chez lui durant nos voyages subséquents en France. J'ai entretenu une correspondance avec la dame jusqu'à sa mort, en 1993.

Torremolinos n'a pas été le voyage le plus intéressant. Notre hôtel était un peu en campagne, c'est à travers champs qu'on atteignait la ville par un raccourci. Nous partagions l'appartement avec deux femmes de Chicoutimi qui ont été longtemps de bonnes amies. Elles sont mortes elles aussi.

Le voyage de l'hiver nous avait vraiment inoculé le virus de la «bougeotte». Nous repartions en juin 1974. Cette fois, ce fut un vrai rouli-roulant. La France, l'Italie et la Suisse étaient au programme. Pour nous qui en étions encore à nos débuts, le voyage fut magnifique. Notre guide, qu'on appelait Jean, était parfait comme guide français. Il nous a pris en charge à notre arrivée et nous a accompagnés tout au long du séjour. Là aussi, nous avons fait la connaissance d'un couple de Montréal que je visite encore régulièrement.

Nous sommes entrés dans quantité d'églises, car en architecture, c'est à coup sûr le bâti qui a le mieux résisté à l'usure du temps. Nous avons fait l'expérience d'un procédé que je n'ai jamais rencontré ici au pays et qui était probablement utilisé par souci d'économie. Après être entré dans l'église, on met une pièce de monnaie dans un mécanisme et les lampes s'allument. Sans ce système, il aurait fallu rester dans la pénombre. Comment alors distinguer et apprécier les peintures dont les couleurs sont pâlies et enfumées par les siècles? Plusieurs églises auraient besoin d'une restauration en règle. Les organisateurs des voyages en groupe prévoyaient beaucoup moins de visites dans les musées, sans doute parce que cela s'adresse à un public beaucoup plus sélectif. De plus, une visite dans un musée nécessite du temps que les agences ne nous laissent pas. Libre à chacun d'y aller en dehors des tours organisés.

Nous avons été moins impressionnés par la Suisse, où la vie est beaucoup plus chère. Tout de même, nous y sommes retournés en 1975. Nous avons visité Berne, la capitale, Zurich, Bâle, Lucerne et Lausanne.

Pays montagneux, s'il en est, 60 % du territoire est occupé par des montagnes. Le mont Blanc est le plus élevé avec ses 4 807 mètres d'altitude. À cause du relief du terrain, il y a plusieurs tunnels; nous avons traversé celui de Simplon, long de 19,8 kilomètres. Il a été creusé de 1898 à 1906. Il part du nord et se dirige vers le sud. Saint-Gothard est un autre tunnel, mais un peu moins long. Le sport national est le ski qui attire beaucoup de touristes aussi. Notre guide nous a amenés dans un restaurant où on ne sert que des fondues. Je me suis régalée de bons fromages.

Maintenant, on file vers l'Italie : assurément, le menu va être différent. L'Italie m'a plu beaucoup; elle m'a complètement accrochée, Venise, en particulier qui a été rattachée à l'Italie en 1866. On l'appelle Sérénissime à causes de son histoire et de ses richesses. Elle était une république gouvernée par des doges. Il faudrait aujourd'hui l'appeler la Célébrissime tant cette ville est belle. Elle a été visitée, décrite, photographiée et désirée plus que toute autre. Elle est située sur un archipel qu'on peut atteindre par un pont ferroviaire ou routier. À l'intérieur de ses murs, la gondole est le moyen de transport.



Aller en gondole d'un quartier à l'autre, c'est tout un sport...! Nous logions dans un vieil hôtel, mais d'une richesse inouïe, un vrai château. Nous avons franchi le pont des Soupirs, pont légendaire s'il en est, pont qui conduisait à la prison du temps. Quittant la liberté pour toujours, les condamnés devaient nécessairement exhaler plus d'un soupir. Mais j'ai été comblée au-delà de toute espérance par les beaux concerts d'extraits d'opéra que nous avions à tous les soirs. On nous a gratifiés en plus, d'un concert en gondole au clair de lune. Comme Lamartine, on aurait voulu dire : «O Temps, suspends ton vol». Les coeurs romantiques ont dû vivre des moments d'extase. Nous nous sommes rendus à l'île voisine, Lido, toujours en gondole, pour y visiter la cristallerie Murano, la plus renommée d'Europe; on nous a montré comment on souffle le verre. Là se trouve également un musée du verre des plus intéressants.



Ensuite, notre itinéraire nous amenait à Florence, une autre belle ville d'Italie. Nous ne l'avons pas vue à son meilleur, le fleuve Arno qui la traverse avait débordé quelques semaines auparavant. Des dégâts étaient encore visibles à notre passage. C'est dans cette ville que nous avons admiré le Vecchio, pont couvert dont les murs sont ornés de peintures faites par des artistes renommés d'Europe.

Que dire de Rome, maintenant...? Tout est à dire! À part quelques visites faites en groupe, chacun était libre de ses allées et venues. Le choix est vaste. Nous avons visité quinze églises, le même jour et sur la même rue. Il y en avait de toutes les grandeurs, des riches, des pauvres. Plusieurs trouvent exagérées les richesses étalées dans certaines églises. Moi, je diffère complètement d'opinion. Pourquoi Dieu a-t-il créé l'or? N'est-ce pas pour le plaisir de nos yeux, pour notre admiration. Personne n'en mange. À quoi serviraient les beaux talents que Dieu a semés si généreusement au service de la Beauté...? Une personne ne pouvait pas à elle seule se faire mouler une belle statue en or, mais dix ou mille le pouvaient en mettant leur argent ensemble. Ensuite, les gens jouissent d'une belle oeuvre d'art que tous peuvent admirer pendant des siècles et des siècles. C'est ainsi que fut constitué le patrimoine universel que nous admirons aujourd'hui. Aurait-il mieux valu laisser l'or dans la terre, les talents se flétrir, et les gens moisir dans le chômage?



Aujourd'hui, quand je prends la route de la mémoire, j'ai un petit serrement de coeur à me rappeler tous ces beaux souvenirs et de mon coeur, monte un hymne au Créateur. Les siècles, vite écoulés, nous ont tout de même laissé une très riche moisson dans tous les domaines, mais particulièrement en architecture, en sculpture et en peinture.



Parmi les lieux visités, il faut mentionner le Mont-Cassin, un monastère fondé par saint Benoît, en 529. Il a été détruit à maintes reprises. La dernière fois, par les Alliés, pour déloger les Allemands qui s'en étaient emparés. Ce fut une dure bataille qui a duré du 18 janvier au milieu de mai 1944. Les Américains l'ont rebâti à leurs frais et très richement : ça brille de tous côtés. C'est sur cette montagne que nous avons vu toute l'ingéniosité fournie pour satisfaire un besoin essentiel. Tous les toits sont bâtis pour recueillir l'eau de pluie. Sur les hauteurs, l'eau est rare et très précieuse. Il n'est pas facile d'y monter non plus. Tous les chemins de montagne sont difficiles et dangereux; toujours étroits et souvent, au-dessus de précipices. Quand on vous parlera de la Grande Corniche, pensez à un chemin élevé, en zigzag au bord de la mer, et à toutes les peurs des Canadiens pas habitués à de pareils chemins. Les plus dangereux au cours de nos différents voyages ont été les chemins menant à Ronda en Espagne et à Amalfi en Italie. Nous avions une grotte à visiter à Amalfi. La grotte est inoubliable, mais quelles émotions pour s'y rendre! En laissant l'autobus, un ascenseur nous descend 1000 pieds sous terre. Je vous ferai remarquer, en passant, que nous avons visité à un autre moment, une caverne à Monaco. C'est très différent d'une grotte. Nous avons des glaçons au-dessus de la tête qu'on appelle stalactites, d'autres qui se sont formés au sol, appelés stalagmites. Quelques cavernes sont très grandes; celle visitée portait le surnom de «cathédrale». On a un sentiment d'étouffement. Notre Marcel Paradis, dont le voyage coïncidait avec le nôtre, a eu de la misère à se rendre au terme de la visite. De toute façon, il faut une bonne santé et des nerfs solides pour voyager.



Je laisse l'Italie; je vous en reparlerai quelques pages plus loin. Nous avons visité la France quatre fois. En mettant le pied sur le sol français, j'ai ressenti une émotion comme à nulle part ailleurs. Mes «gènes» retrouvaient leur lieu d'origine et une certaine ambiance de famille. Je me retrouvais comme après une longue absence. Et pourtant, je n'avais jamais rêvé d'aller en France. «Dans les gens, dans la terre, dans les arbres, il y a quelque chose de nous qui nous attend patiemment», écrit Pavaser. Mon subconscient reconnaissait sa patrie. Je me sens Française dans l'âme. Sur les ailes de l'imagination, j'ai entrevu à quoi avaient renoncé Jeanne Mance, Marguerite Bourgeois et tant d'autres pour nous léguer cet air de famille. Aujourd'hui, faire le trajet pendant une nuit en avion tout confort n'a rien de semblable avec ce qu'elles ont connu pendant quelques semaines en mer, entassées sur un bateau et mal nourries.



En entrant dans une ville, ma première recherche va pour l'église. À Paris, c'est facile, car elles sont nombreuses là aussi. Rares sont les endroits où je n'ai pu aller à la messe à tous les jours dans nos voyages. À Paris, nous avons toujours séjourné dans les environs de La Madeleine et de Saint-Rock. La Madeleine était fraîchement restaurée, on a pu la voir dans sa beauté première. Nous avons souvent assisté à des concerts dans ces églises, sans doute qu'elles sont utilisées pour ces représentations parce qu'elles étaient très grandes.



Notre premier guide, à Paris, était un homme cultivé et très compétent. C'est souvent le guide qui fait toute la différence entre un voyage réussi ou pas. C'est en autobus qu'il nous a fait visiter les différents lieux touristiques. Dans nos temps libres, on explorait à pied et seuls pour aller à notre rythme. La carte de la ville en main, on allait là où nos goûts nous conduisaient. C'était vraiment la belle vie!



C'est de la répétition que de parler du Louvre et des Champs Élysées. Avec ce qui peut être vu à la télévision, chacun peut en dire aujourd'hui autant que ceux qui y sont allés. Il leur manque cependant au fond de la mémoire cette provision de beaux souvenirs qui peuvent encore embellir la vie, même à plusieurs années de distance. On n'a jamais trop de souvenirs et ma crainte est qu'ils sombrent dans les brumes de la sénilité au moment où on en a le plus besoin, ne pouvant plus s'en fabriquer de nouveaux.



En cet été 1974, visiter trois pays en vingt-huit jours ne nous a pas permis de tout voir, mais on a appris ce que c'était l'Europe. En 1975, l'Année sainte, nous avons visité cinq pays en trente et un jours. Je ne compte pas l'Autriche où nous n'avons passé qu'une nuit. C'est la seule fois où nous sommes partis avant de faire le jardin, le 7 mai. Il fallait être le 11 au Portugal pour les grandes fêtes de Fatima, le 12 mai. Nous avons vu là ce que c'était des gens «dévotieux». En quantité, à pied, avec un bâton, comme les pèlerins du Moyen-Âge, les gens arrivaient avec leur poche de paille pour servir de lit sous les arbres. Les cérémonies commençaient dans la soirée du 11. Il faisait un vent froid insupportable. Nous étions en montagne, en plein air. Plusieurs d'entre nous avaient revêtu tout ce que leur valise contenait de pyjamas et de chemises afin de ne pas geler tout rond. Mon mari s'était enveloppé la tête d'un de mes foulards. On a vu de nos yeux des personnes monter dans les escaliers avec des genoux usés au sang. On n'a jamais su si, après tant de fatigues et de souffrances, ils avaient obtenu la faveur demandée. On ignore aussi s'il y a eu des miracles; il y avait des arpents et des arpents de terre couverts de monde. Assurément, la foi de ces gens était grande.



Au Portugal, là aussi on a vu de chemins étroits et dangereux. À un tournant, le chauffeur, avant de s'avancer, a mesuré le chemin pour s'assurer que l'autobus passerait... C'est un petit pays montagneux avec un sol pauvre; donc, l'agriculture est généralement peu productive. Au nord, on cultive un peu de tout; au sud, c'est surtout l'élevage et les céréales. Les Portugais ont eu des rois jusqu'en 1910 après quoi la République a été proclamée, le 5 octobre. Le Président le plus remarquable a été Salazar qui a démissionné en 1968. Ils ont eu leur révolution qu'ils ont appelée la «Révolution des Oeillets» commencée le 25 avril 1974. Le pays fait partie de la Communauté économique européenne (C.E.E.) depuis janvier 1986.



Lisbonne, la capitale, n'a rien de véritablement ancien, puisque la ville a été détruite en 1755 par un séisme. Étant plus au sud que Fatima, la température était meilleure lors de notre visite. Nous avons quitté le Portugal pour l'Espagne afin d'atteindre Saint-Jacques-de-Compostelle, car il ne faut pas oublier que le but du voyage était de visiter les principaux lieux de pèlerinage. Nous formions un groupe de dix-huit voyageurs plus quelques pères Oblats de Notre-Dame-du-Cap qui agissaient comme organisateurs et guides. D'être si peu nombreux a été un des agréments du voyage.



Nous nous sommes donc rendus au pays de Franco qui fut le général de leur guerre civile laquelle s'est déroulée d'octobre 1936 à août 1939. Mort en 1975, il avait nommé son successeur Jean Carlos avec titre de roi. J'ai remarqué en Espagne les belles mosaïques dont étaient ornées les devantures des maisons, même les plus ordinaires. À Séville, sur une place publique, les scènes de l'histoire du pays sont représentées en mosaïques de toutes les couleurs. Cette façon de faire leur vient de l'Islam. Les Arabes ont été maîtres de l'Espagne de 714 à 1212. L'Inquisition de si mauvaise réputation initiée par Isabelle, reine de Castille en 1478, nous vient de l'Espagne. C'est aussi à Séville que j'ai rencontré un autre bon guide très cultivé. Il faisait plus que de répéter ce qu'il avait lu dans le Michelin.



Au sujet de Saint-Jacques-de-Compostelle, il existe la légende suivante : après que saint Jacques le Majeur, apôtre, eut été martyrisé en Espagne, ses restes auraient été mis dans un esquif qui aurait échoué en Galice, province espagnole. Son tombeau aurait été découvert miraculeusement au IXe siècle. Le pèlerinage se développa à partir de la reconquête par les Chrétiens. Chacun se rappelle que Jean-Paul II a fait le pèlerinage pour y rencontrer la Jeunesse du Monde en 1989. Nous avons assisté à la messe dans une chapelle très exiguë où se trouvent les restes de l'apôtre martyr.



Notre prochaine escale importante était Lourdes. Là aussi, nous avons vu des foules et, surtout, écouté ce qui se disait autour de nous. Quel avantage de pouvoir adresser la parole avec un peu tout le monde...! Et se faire dire : «Ah! vous êtes québécois.» La basilique est immense, mais je n'ai aucun souvenir du dedans. Peut-être que nous n'y sommes pas entrés. Dans ces grandes fêtes, les cérémonies se passent sur l'esplanade. Je me rappelle avoir assisté à la messe dans l'église souterraine de Pie X, le lendemain matin, après notre bain à la grotte. Celui-ci est un rituel auquel personne ne veut passer outre. On se baigne dans l'eau venant de la source miraculeuse que Bernadette Soubirous a creusée à la demande de la sainte Vierge et qui ne s'est jamais tarie depuis.



Nous avons visité la maison où a vécu Bernadette. Comme dans tous les pèlerinages, la rue qui conduit à la basilique est encombrée de comptoirs de souvenirs. Durant ce voyage, nous avons eu droit aussi à une visite à la basilique de sainte Thérèse, à Lisieux, de même qu'au Montmartre du Sacré-Coeur. À chacun de nos séjours en France, nous avons répété notre visite au Montmartre et on trouvait toujours du nouveau. Il est bâti sur une haute montagne autrement plus haute que celle de notre Oratoire, on peut y monter en funiculaire, d'où notre regard embrasse une partie de la ville de Paris. À l'entrée de l'église, se trouve des grilles ajourées pour rappeler aux touristes que c'est avant tout une église; elles ne sont pas fermées à clef, on peut avancer jusqu'au choeur pour admirer de plus près les richesses de l'église. De chaque côté, on trouve des chapelles dédiées à différents saints. Il y a, dédié aux Martyrs canadiens, un autel qui fut payé par des Canadiens, sans doute les Jésuites, puisque le père Brébeuf et quelques-uns de ses compagnons étaient des Jésuites.



Si le Montmartre est remarquable, la cathédrale de Notre-Dame-de-Chartres ne l'est pas moins. On a fêté son huitième centenaire en 1994. Les cérémonies ont été grandioses, comme il sied pour un monument aussi prestigieux. Elle est située dans la Beauce, avec ses lignes élancées et ses vitraux flamboyants; «elle oriente l'âme vers les voûtes célestes et inspire prière et adoration pour ce Dieu qui est notre frère, cet homme qui est notre Dieu, Jésus-Christ», nous dit le cardinal Poupard dans son allocution. Ce huitième centenaire marque sa reconstruction, en 1194, après un désastreux incendie. De la construction de 1006, par l'évêque Fulbert, il reste la vaste crypte et la façade occidentale.



La messe pontificale y a été célébrée en grande pompe par le cardinal Édouard Gagnon, québécois et président de la Commission pontificale de la famille. Tous les chants ont été exécutés en grégorien par des choeurs d'hommes, accompagnés des grandes orgues. Cette musique sacrée, si belle, retentissant dans des voûtes séculaires, a été associée, par monseigneur Ronig, prélat allemand, à l'architecture sacrée qui, l'une et l'autre, entraînent vers le Christ «Lumière qui éclaire les nations».



Cette cathédrale est vouée aux louanges à la Vierge, chantées en tous les tons. Elle est jumelée à la cathédrale de Bethléem, également dédiée à la Vierge. À Chartres, les pèlerins célèbrent surtout la Vierge mère du Rédempteur, à Bethléem, on louange particulièrement cette mère qui par son «Fiat» nous a donné le Rédempteur.



À tous les ans, est organisé un pèlerinage à pied par les étudiants. Le pèlerin le plus célèbre est sans contredit Péguy, qui est revenu au catholicisme en 1908 lors d'un pèlerinage. Il en fit plusieurs autres par la suite. Il mourut en 1914 à la première bataille française, à l'âge de 42 ans. Voici de lui, ces beaux vers à la Vierge :



«Ô Reine, voici donc après la longue route,

Avant de repartir par ce même chemin,

Le seul asile ouvert au creux de votre main,

Et le jardin secret où l'âme s'ouvre toute.

Vous nous voyez marcher, nous sommes la piétaille

Nous n'avançons jamais que d'un pas à la fois.

Mais vingt siècles de peuple et vingt siècles de rois,

Et toute leur séquelle et toute leur volaille...

Et quand se lèvera le soleil de demain,

Nous nous réveillerons dans une aube lustrale,

À l'ombre des deux bras de votre cathédrale,

Heureux et malheureux et perclus du chemin.»



On ne peut visiter la France sans porter une attention spéciale à la Côte d'Azur dont Nice et Cannes sont les villes les plus renommées. Se promener sur la Promenade des Anglais ou sur la Croisette, les deux avenues qui longent la mer dans ces deux villes, restera toujours le «nec le plus ultra» du tourisme. En folâtrant sur ces beaux boulevards où se trouvent échelonnés des bancs pour nous permettre d'admirer à loisir, on ressent une sensation de volupté, de joie de vivre qu'il est difficile de retrouver à d'autres moments...! Nos séjours d'un mois, à deux reprises, m'ont confirmée dans nos états d'âme...!



Dans nos allées et venues, nous avons vu, à Juan-les-Pins, petite ville voisine de Cannes, la pierre dont l'inscription rappelle qu'il s'agit de l'endroit où Napoléon a débarqué après sa fuite de l'île d'Elbe, le 3 mai 1814. Parmi quantité d'autres, voici quelques endroits qui méritent une visite : Grasse, perchée haut, surnommée «Citée des fleurs et des parfums». Là, ce sont des champs de fleurs qui ondulent sous le vent plutôt que de beaux épis de blé. Nous avons visité la parfumerie Fragonard où on nous dit avec force détails, comment recueillir le parfum des fleurs. Nous avons admiré la Route d'Or appelée ainsi parce qu'elle est ornée, des deux côtés, de mimosas : arbres qui donnent des grappes de fleurs jaunes plus grosses que des lilas. Ajoutons au palmarès, Menton, ville qui célèbre la fête du Citron. C'est toute une révélation...! On fait toutes sortes de pièces montées avec des agrumes. Au lieu de voir dans les parcs des fleurs de différentes couleurs faisant dessin, les arrangements sont faits avec des fruits. À titre d'exemple, nous y avons vu un aigle debout, les ailes ouvertes, fait entièrement avec des oranges et des citrons; il y avait aussi une calèche à deux sièges tirée par une soi-disant locomotive, montée avec des fruits de différentes couleurs. Les photos de ces merveilles sont à l'intérieur du chapitre suivant aux pages 204 et 205. J'ai rapporté sept cartes postales de ces curiosités. C'est ce que j'ai vu de plus original dans mes voyages.



Je m'en voudrais de passer sous silence le sanctuaire de la Médaille miraculeuse. C'est une dévotion qui a une place d'honneur chez les Catholiques. Catherine Labouré a été favorisée, le soir du 27 novembre 1830, de la vision de la Vierge lui demandant de faire frapper une médaille à son effigie, telle qu'elle lui avait indiquée. Catherine est canonisée depuis 1947. L'église est toute simple et la décoration est orientée vers la Vierge.



Tout en faisant nombre d'arrêts dans les principales villes, Assise, Sienne, Milan, toutes associées à des saints remarquables, notre programme nous dirigeait vers Rome, but ultime de notre voyage. L'Année sainte commence et finit à Rome; elle s'appelle aussi Année jubilaire.



Le Jubilé existait au temps de Moïse. Il revenait à tous les quarante-neuf ans. La cinquantième année, on ne semait pas, c'était l'année de la Terre. On remettait les dettes. C'était l'année des Pauvres. En ce faisant, on reconnaissait Dieu comme unique Seigneur du ciel et de la terre et Père de tous les hommes.



Le mot hébreu «Jobel» désignait la corne de bélier ou de mouton dans laquelle on sonnait l'annonce de l'Année jubilaire. «Jobel» a été traduit par «Jubilé» dans la langue française.



Dans la religion catholique, le Jubilé représente surtout un événement religieux centré sur un retour à Dieu, générateur d'une vie nouvelle. L'Année sainte est donc à la fois, année de Dieu et année de l'Homme. C'est l'année de tous ceux qui ont besoin d'être libérés et sauvés. C'est une année de communion, d'espérance, de justice, d'amour, de réconciliation, de remise à neuf. C'est, par dessus tout, l'année du Christ, Serviteur de Dieu et Messie, qui apporte la grâce à toute l'humanité, grâce porteuse de salut.



«Pourquoi l'Église a-t-elle voulu conserver cette tradition juive...? Pour affermir la Foi, favoriser la communion fraternelle dans l'Église et dans la Société, donner le goût de la prière et regrouper le peuple de Dieu dans une profession de foi plus sincère au Christ, notre Sauveur. L'Année sainte est donc l'occasion, a dit Paul VI, dans son discours du 9 mai 1973, du renouvellement intérieur de l'homme : refaire l'homme du dedans. L'homme moderne a perdu la certitude de la vérité; malgré tous les moyens qui excitent sa jouissance, il connaît l'ennui et la désillusion. Il a perdu de vue l'idéal chrétien qui est conversion et pénitence. L'Année sainte doit favoriser le renouvellement moral des individus, illuminer les esprits, purifier les coeurs, établir la paix entre tous par une vraie fraternité.



Le Pape continue en nous parlant de toutes ces ruptures, ces désaccords, ces désordres qui nous empêchent d'avoir des rapports authentiques et heureux avec Dieu et notre prochain. C'est par la réconciliation que nous y arriverons. C'est pourquoi, dans toute Année sainte, le Pape accorde une indulgence plénière à tous ceux qui répondent aux conditions exigées.



L'Année sainte a des racines historiques profondes. Dans les années 1200, l'Église subissait de fortes oppositions de toutes sortes. Vers la fin de ce siècle, d'impérieux courants de spiritualité surgirent et mirent l'accent sur le rôle du Saint-Esprit dans la Rédemption, d'où sourdit un élan pénitentiel qui entraîna le peuple. Dès 1300, une foule de pèlerins, considérant cette année centenaire comme année de grand pardon, se mirent en marche vers Rome. Le Pape d'alors, Boniface VIII, donna au phénomène un sens pleinement catholique en instituant le Jubilé qui devait être proclamé à tous les cent ans. Mais, à la suite de demandes répétées, on décida de le célébrer à tous les cinquante ans. Plus tard, les Jubilés eurent lieu à tous les vingt-cinq ans, excepté en 1850 et 1880. Le Jubilé de 1975 était donc le vingt-cinquième de la série. Aurai-je la grâce d'assister au vingt-sixième...? J'aurai alors 85 ans si Dieu me prête vie. Les beaux rêves ne se réalisent pas tous...



On ne peut aborder l'histoire de l'Église sans parler des basiliques de Rome, qu'on appelle «basiliques majeures». Toutes les autres basiliques dans le monde s'appellent «basiliques mineures». Notre guide, une jeune pas très compétente, n'a pu me dire par quelle cérémonie on déclarait «mineure» une basilique. J'espère toujours trouver la réponse quelque part.



La basilique de Saint-Pierre de Rome au Vatican n'a pas été la première résidence des papes. Elle a été bâtie par Constantin, en 326, qui s'était converti au Christ en 323 et avait déclaré «le Christianisme, religion de l'Empire». On peut dire que «l'ère chrétienne» commence avec Constantin. L'Édit de Milan de 313 accordait à tous, la liberté de conscience. C'est la fin des persécutions romaines. Cette basilique n'a pas été construite en l'honneur du pape ou de saint Pierre, mais uniquement en l'honneur du Christ de qui l'empereur était redevable pour ses victoires. La légende rapporte qu'une croix, parue dans le ciel, lui disait : «Par ce signe, tu vaincras». Saint-Pierre de Rome est donc la basilique de la Chrétienté.



La basilique de Saint-Jean-de-Latran, c'est la cathédrale du pape, évêque de Rome. Elle est considérée comme la première église publique de la Chrétienté. Pour cette raison, elle est comme la mère de toutes les églises du monde. Construite aussi par Constantin, en 312, quelques textes nous laissent croire que c'est dans cette église que l'image du Christ a été représentée pour la première fois.



La troisième basilique, c'est Saint-Paul-hors-les-Murs. La tombe de saint Paul en est le centre. Dès l'entrée, la basilique, avec ses cinq nefs et sa forêt de colonnes, laisse une impression extraordinaire. Mais le regard se détourne immédiatement sur le visage du Christ, tout en majesté, qui domine l'Arc de Triomphe. Fondée en 388, elle a été dévastée par un incendie en 1823, mais reconstruite. On y conserve des mosaïques restaurées du cinquième siècle et d'autres du treizième siècle. Dans cette église, on ne peut s'empêcher de prier pour les missionnaires puisque saint Paul a été le premier missionnaire.



La dernière grande basilique de Rome, Sainte-Marie-Majeure, est ainsi appelée parce qu'elle est la plus grande église consacrée à la sainte Vierge. Elle est située sur l'Esquilin, une des sept collines de Rome sur la rive gauche du Tibre. Dans cette basilique de la Mère de Dieu, on est saisi par la sérénité et la luminosité chaude qui la remplit. Le calme qui nous envahit surprend. Maintenant, nos quatre visites accomplies aux basiliques, il ne nous reste qu'à nous confesser dans de bonnes dispositions, pour que saint Pierre efface du Grand Livre, tous nos péchés et nos années de purgatoire. Il y a d'autres basiliques, mais elles ne sont pas majeures. Saint-Pierre-aux-Liens, elle, renferme les chaînes que saint Pierre portait dans sa prison.



Cette deuxième visite à Rome nous a permis d'engranger d'impérissables souvenirs sans nous rassasier pour autant. Nous y sommes retournés en 1978, à l'occasion d'un séjour agréable d'un mois à Sorrento, située près de Naples. Naples est une ville intéressante, mais pas de tout repos; une compagne de notre groupe s'est fait arracher sa chaînette d'or au cou. Malgré cela, mon mari et moi avons bravé le métro. On en est revenu vivant...! Est-ce dû à nos anges gardiens? On n'a même rien vu d'anormal.



C'est à l'occasion de ce voyage que nous avons visité le Vésuve, ce volcan qui a détruit Pompéi et deux autres villes, du 24 au 28 août de l'an 79. Il n'est pas éteint; sa dernière éruption a eu lieu en 1944. Il n'est pas facile de se rendre au cratère qui est à plus de 4 000 pieds de hauteur. L'autobus nous amène environ à mi-chemin et les plus braves grimpent à pied dans un sentier. Nous étions trois à tenter l'expérience. Mon mari a tellement abusé de ses forces qu'il a dû passer deux jours au grand repos. L'autre monsieur, qui a tenté l'expérience, ne s'est pas rendu au faîte. J'ai été la seule dont le coeur a subi l'épreuve sans flancher. On voit de petites fumerolles, vapeurs de gaz, preuve qu'il est toujours en activité. Heureusement, la pression n'est pas encore assez forte pour déclencher l'éruption.



Pompéi a été ensevelie sous des couches superposées de cendre et de lave. Les fouilles ont commencé en 1748 et elles continuent. On nous a fait marcher dans tous ces dédales en nous fournissant quantité d'explications. L'excursion ne m'avait pas donné entière satisfaction; le lendemain, nous avons pris le train, mon mari et moi, et avons visité la ville neuve de Pompéi, celle qui vit et qui a été rebâtie à la moderne. Nous avons été émerveillés par l'église dédiée à Notre-Dame-du-Rosaire. Elle est tout en marbre. On nous a dit que le bois coûte plus cher que le marbre dans la région.



Nous avons fait toutes les excursions offertes à partir de Sorrento. J'en ai compté onze. J'ai eu même la possibilité d'assister à l'opéra Macbeth, à Naples. Nous sommes aussi allés à Capri, l'île chantée par tous les poètes. Elle a des rivages très escarpés et plusieurs grottes avec effets de lumière.



Nous avons fait plusieurs longs séjours en appartement. Nous avons été un mois en Algarve, au sud du Portugal. À cet endroit, nous avons eu la surprise de constater que l'agence de voyage nous avait loué des appartements qui n'étaient pas disponibles. Nous sommes restés à l'hôtel aux frais de l'agence, en attendant qu'on nous trouve des chambres. Nous avons finalement été logés au quatrième étage. Il n'y avait pas d'ascenseur, mais les locaux étaient grands et confortables. On ne peut voyager sans jamais rencontrer quelques pépins.



Entre autres, un désagrément fut vécu lorsque notre avion est parti de Montréal avec cinq heures de retard. Notre avion de correspondance, à Paris, ne nous avait pas attendus; un autre nous a amenés à Nice. L'autobus qui devait nous transporter à notre hôtel était parti aussi. Il m'a fallu trouver un taxi qui nous a conduits à Juan-les-Pins où se trouvait notre hôtel. Que de tracas! Heureusement qu'étant en France, tout le monde se comprenait.



Lors d'un voyage subséquent, nous avons connu un autre contretemps d'importance, uniquement par ma faute cette fois-là, qui aurait pu être une vraie catastrophe... pour le portefeuille. Nous nous sommes rendus à l'aéroport, pour le retour au pays, une journée après la date prévue alors que j'étais convaincue d'avoir respecté l'horaire. La préposée a dit : «Il reste encore de la place, vous allez pouvoir partir quand même.» Quelles dépenses j'aurais dû défrayer pour quatre personnes si nous avions été obligés de retourner à l'hôtel. En effet, par un malheureux hasard, nous étions quatre à cette occasion. Le couple qui nous accompagnait et qui partagea notre appartement tout au long du voyage était mon oncle Arthur Gendron et son épouse Adrienne. Le sort a voulu qu'ils nous suivent dans la vie toujours d'assez près. Ma tante nous avait déjà accompagnés lors de deux voyages antérieurs. Elle avait, contre toute attente, réussi à convaincre son mari à faire le voyage malgré ses réticences. Il avait accepté à certaines conditions. Toutefois, une fois sur les lieux, les conditions n'ont pas toutes été respectées par ma tante. Mon oncle en a éprouvé un tel ressentiment que tout son voyage en a été gâté. De plus, il lui arrivait divers petits accidents qui ne sont pas recommandés pour une personne de son âge et inadmissibles pour le touriste non expérimenté qui n'accepte pas la moindre contrariété. Ensuite, il m'en a voulu, croyant que j'empêchais mon mari de l'accompagner dans les débits de boisson. En voyage, mon mari ne faisait pas un pas sans moi. Nerveux, il manquait de confiance en lui-même. Donc, il choisissait de ne pas aller à l'aventure comme mon oncle le désirait. En boutade, j'ai dit à ma tante : «Que mon oncle me pardonne le mal que je ne lui ai pas fait...!» Par bonheur, il ne nous accompagnait pas lors de notre dernier voyage, car il aurait fallu le renvoyer immédiatement par le premier avion sous peine de subir une dépression nerveuse.



Ce dernier voyage en France a été très décevant. Il avait fait un froid intense. Toutes les fleurs de la Côte d'Azur avaient souffert du gel; les canalisations avaient gelé en plusieurs endroits obligeant certains hôtels à fermer leurs portes. Nous gelions dans les hôtels parce qu'ils n'étaient pas organisés pour des températures sous zéro.



Nous avons également visité la Belgique de même que la Hollande, pays renommé pour ses moulins à vent et ses tulipes ainsi que pour ses polders, terrains gagnés sur la mer par des digues et de l'assèchement. Amsterdam, capitale de la Hollande, est originale par ses 600 ponts. On l'appelle la Venise du Nord. On y a connu ce qu'était un marché international aux fleurs.



La Haye est une autre ville importante de la Hollande. Y ont eu lieu les conférences internationales de 1899 à 1907 pour réglementer la guerre et pour établir les procédés pacifiques de règlement des conflits. C'est la ville des ambassades et des organisations internationales. La Cour de justice internationale y siège. La Hollande a été unie à la Belgique en 1815, mais celle-ci a fait sécession le 29 septembre 1830, a obtenu son indépendance le 4 octobre et fut reconnue par Londres le 10 janvier 1831. Mais la Hollande n'a accepté l'indépendance de la Belgique qu'en 1839. C'est la preuve qu'un divorce est toujours difficilement accepté... Leur premier roi s'appelait Léopold I et l'actuel, Albert II, est le sixième.



Avec 1 540 680 kilomètres carrés, la Belgique est un petit pays si on la compare au Québec dont la superficie est six fois plus grande. Ils sont 320 habitants au kilomètre carré. Bruxelles, la capitale, est une ville débordante de toutes sortes d'activités. Elle est le siège des Conseils et des Assemblées de la Communauté économique européenne (C.E.E.). Bruxelles a reçu cinq fois l'Exposition universelle soit en 1888, 1897, 1910, 1935 et 1958. Chacun de ces événements a laissé des monuments splendides et durables. Nous avons passé plus d'une semaine à visiter les plus beaux édifices.



Les Belges ont un peu le problème du Canada. Ils ont les Wallons qui sont francophones et les Flamands qui sont néerlandophones. Les francophones sont plus nombreux, mais vivent dans une région qui a perdu plusieurs de ses industries, il y a donc plus de chômage. Le tiers de l'électricité est produite par le nucléaire, contrairement à nous. Bruxelles est bilingue.



Continuons sur la route de l'Europe. La Grèce est le pays le plus au sud que nous avons visité et, aussi, le plus à l'est. Nous avions opté pour un voyage en groupe qui se faisait en octobre et qui était programmé à partir de Montréal. Donc, peu de surprises étaient prévisibles. Le hasard a voulu que ce soit durant un période d'élection... quel vacarme! Et quelle profusion de circulaires qui nous inondaient...!



Il y a beaucoup à dire sur ce magnifique pays qui est considéré comme le berceau de notre civilisation. Les premiers philosophes connus étaient des Grecs : Aristote, Platon. Parmi les sept merveilles du monde, quatre appartiennent à la Grèce : le colosse de Rhodes, le Mausolée de Halicarnasse, la statue en or de Zeus Olympien, le temple d'Artémis à Éphèse. Il y a beaucoup de ruines à voir, puisque leur histoire commence plusieurs siècles avant notre ère. On nous en a fait visiter beaucoup trop, à mon avis. Imaginez, pendant neuf jours, une ruine après l'autre... Ce fut l'occasion d'un commentaire mémorable de mon mari : «Il n'y a rien de spécial à voir! Des roches, j'en ai vu toute ma vie. Mais nous autres, on ne les laisse pas traîner dans les champs.»



Cependant, j'ai apprécié l'Acropole : montagne où se trouve le Parthénon, ancien temple de la déesse Athéna. C'est un chef-d'oeuvre d'architecture construit quatre cents ans avant Jésus-Christ. Sur l'Acropole, on trouve aussi les Cariatides, statues de femmes qui servent de colonnes pour soutenir le toit. Cet endroit a été tour à tour église, mosquée sous les Turcs, puis poudrière. En 1687, durant le siège d'Athènes, il explosa. Plusieurs de ses plus belles sculptures, en marbre, sont au British Museum à Londres.



En visitant plusieurs églises orthodoxes, nous avons vu une différence dans la construction. Le choeur est fermé d'une grille recouverte d'icônes. Comment peuvent-ils suivre la messe dans de telles conditions...? Les orthodoxes sont sévères aussi quant au costume. On ne laisse pas entrer une femme en pantalon dans une église.



Les endroits les plus extraordinaires visités en Grèce sont les Météores. Ce ne sont pas des ruines, mais bel et bien des monastères bâtis sur des rochers, pitons de tuf d'un accès très difficile. Dans les débuts, les moines vivaient dans des grottes. Au quatorzième siècle, un moine plus entreprenant que les autres, Athanase, anachorète du mont Athos, fonda le premier couvent qu'il appela «Météore» sur un rocher de 2 000 pieds au-dessus de la mer et qui portait le nom de «Large Pierre». Depuis Athanase, tous les couvents bâtis sur la pointe des rochers portent le nom de «Météore». Plusieurs ont été bâtis, mais actuellement douze sont délabrés et abandonnés et seulement six sont habités et bien organisés. On y monte par d'interminables escaliers en zigzag. Cependant, les couvents les plus importants sont munis de treuils et même d'une nacelle pour les marchandises et les moines trop malades ou trop pressés, le tout actionné par un moteur. Modestement vêtus, nous pouvons visiter les chapelles et certains musées. Tous les moines sont habillés de grandes soutanes noires et sont coiffés d'un voile retenu par un genre de casque. Comme curiosité, j'ai retenu un vieux fût du Couvent de Varlaam, datant du seizième siècle et d'une capacité de 13 000 litres. Toute une pièce! J'ai rapporté quantité de belles cartes postales qui nous font voir les prodiges d'imagination et surtout d'endurance, pour transporter les matériaux nécessaires à toutes ces constructions : hôpital, école et dépendances de toutes sortes.

Laissons la Grèce et filons vers le nord-ouest pour trouver les îles Britanniques en octobre 1983. L'automne est la pire saison pour visiter ces pays. Dû à l'Atlantique, le climat insulaire nous réserve plusieurs frissons. Nous avons eu à subir plusieurs orages. Le vent ne nous ménageait pas non plus durant nos voyages sur la mer qu'il fallait bien affronter puisqu'on visite des îles. Toutefois, il ne faut pas taire les beaux jours ensoleillés que nous avons vécus à Londres. Dans un des châteaux visités, nous avons pu admirer, du coin de l'oeil, les joyaux qui servent à la famille royale depuis des siècles. Mais pas le temps d'examiner, pas même de se souvenir, on devait marcher sans s'arrêter.



Des trois résidences officielles de la Royauté, je ne vous parlerai que du château de Windsor. Il est le plus ancien et il abrite la fameuse Chapelle Saint-George. Depuis près de neuf siècles, les différents monarques utilisent ce château qui n'était au début qu'un pavillon de chasse. Rien ne reste des premiers logements royaux construits en bois et qui existaient déjà en 1110. Ce n'est que cinquante ans plus tard que d'autres bâtiments furent construits en pierre, par Henri III. La chapelle actuelle, commencée en 1475 par Édouard IV, ne fut finie que cinquante ans après par Henri VIII, celui qui a tué ses six premières épouses et dont s'est inspiré Perrault dans son conte de Barbe-Bleu. Cette chapelle est un pur chef-d'oeuvre de style gothique flamboyant. Elle est au service de l'Ordre de la Jarretière. Voici la petite anecdote concernant l'origine de cet ordre de chevalerie fondé, en 1348, par Édouard III. Au cours d'un bal, la jarretière de la comtesse de Salisbury, beauté célèbre, tomba à terre. Le roi la ramassa et ses courtisans eurent un rire moqueur. Mais le roi répliqua et prononça la fameuse devise : «Honni soit qui mal y pense!» Il ajouta que bientôt tous seraient fiers de la porter. Les Chevaliers de la Jarretière acceptent des dames dans leur ordre.



C'est dans le château de Windsor que la famille royale se réunit le plus souvent pour les week-ends; sa Majesté y passe ordinairement le mois d'avril et une semaine, en juin. Une fois l'an, aussi, les Chevaliers de la Jarretière, après le banquet au Salon Waterloo, en procession, se dirigent à la Chapelle Saint-George pour y célébrer un service religieux.



Bath sur la rivière Avon est une ville qui vaut le détour. Elle est célèbre par ses sources d'eau chaudes minérales ainsi que par ses fleurs, car elle est surnommée «Ville florale de l'Europe». En premier lieu, on visite le grand bain, tel qu'il était à l'époque romaine avec toutes ses canalisations en plomb. En continuant notre marche, on voit une buvette, construite en 1706 et nommée «Pomp Room», avec l'inscription : «Il n'y a pas meilleur que l'eau». Autrefois, on n'y vendait que de l'eau minérale. Deux hommes bien connus ont vécu dans la ville de Bath : notre général Wolfe, qui vint combattre sur les Plaines d'Abraham, en 1759, et qui y laissa sa vie, ainsi que l'empereur des Français, Napoléon III, avant d'être empereur.



À Londres, je n'ai manqué d'aller voir l'église Saint-Paul. Elle est la cathédrale du diocèse de Londres. Voilà ce qu'en dit le doyen : «La cathédrale a été construite pour Dieu et elle existe pour tous. Dans ses murs s'expriment les idéaux et croyances d'innombrables générations. Nous croyons en Dieu pour l'humanité entière et non pour un seul pays. Notre espoir est que la beauté et la majesté de l'édifice rappellent la présence et la bonté de Dieu, qu'elles donnent lieu à la réflexion et conduisent à de nouveaux espoirs et à un grand engagement.»



Cette église catholique a été entièrement détruite durant le grand incendie de Londres en 1666. Durant la dernière guerre, elle a été aussi sévèrement endommagée. Derrière le maître-autel, on y trouve la chapelle du Mémorial Américain qui présente l'hommage des Britanniques aux 28 000 soldats américains basés en Angleterre et morts durant la guerre. La liste des combattants morts au champ d'honneur fut remise à la cathédrale par Eisenhower, en 1951, et la chapelle fut consacrée en 1958.



La crypte contient plusieurs tombeaux d'hommes célèbres. À ma connaissance, les deux plus connus sont l'amiral Nelson, tué à 47 ans dans la bataille navale de Trafalgar en 1805, et le général Wellington, vainqueur à Waterloo contre Napoléon en juin 1815.



La crypte contient aussi une chapelle consacrée par Élisabeth, en 1960, pour l'O.B.E. (Order of the British Empire) qui fut fondé par George V, en 1917.



Le tableau «Lumière du monde», de Holman Hunt, est l'élément le plus remarquable de cette église et j'en ai été fortement impressionnée. Il représente Jésus avec une lanterne allumée dans une main et, de l'autre main, il frappe à une porte. Le paysage qui entoure ce Jésus est superbe.



L'autre église importante visitée est Westminster. Elle est le lieu du couronnement et de l'inhumation des rois d'Angleterre en même temps qu'un panthéon national des hommes célèbres. Tout près, dans la tour du palais du Parlement, se trouve la grosse cloche qu'on appelle «Big Ben» .



Ces églises possèdent des richesses innombrables, la parole est impuissante à dire toutes les beautés que l'oeil admire. Oui, Dieu est grand dans ses Artistes...!



L'Écosse était l'étape suivante prévue à notre voyage. À la frontière, quelques musiciens costumés en kilt sont venus nous souhaiter la bienvenue avec leur cornemuse. Je n'avais jamais cru que l'on puisse rencontrer autant de châteaux-forteresses qu'on nommait «places fortes» et de ruines d'abbayes dans un petit pays de seulement 78 760 kilomètres carrés. Il faut se rappeler qu'avant d'être réunis à l'Angleterre, en 1707, les Écossais avaient à se défendre contre les invasions répétées des Anglais. Une fois la paix assurée, les industries ont pu se développer. Glasgow est la plus populeuse et aussi la plus industrialisée. De ses chantiers navals sont sortis deux paquebots transatlantiques célèbres, le Queen Mary et le Queen Elizabeth. J'ai trouvé cette ville grise, enfumée qu'elle est par toutes ses industries alimentées au charbon. C'est une ville ouvrière et on le perçoit dans la mentalité de ses habitants. Édimbourg est tout le contraire; on peut la qualifier de ville universitaire, j'oserais dire aristocratique. Les bâtiments sont bien entretenus; dans l'ensemble, il s'y dégage un air de dignité et d'aisance. Le philosophe David Hume y avait sa résidence. Comme Rome, elle est bâtie sur sept collines dominées par un volcan, heureusement éteint. C'est la capitale du pays. Elle possède un festival annuel qui est surtout culturel. La troisième ville de l'Écosse, Aberdeen est surtout la base de l'exploitation du pétrole de la mer du Nord. Les compagnies pétrolières y ont leur siège. C'est le plus grand port de pêche du pays.



Saint Colomban, un Irlandais, a christianisé l'Écosse. Le plus grand centre catholique est Saint Andrew et porte ce nom à cause de la légende selon laquelle les os de saint Andrew y furent apportés. L'endroit possède la plus ancienne université puisqu'elle fut fondée en 1412, mais elle est aussi la plus petite. La ville est surtout connue des joueurs de golf. Old Course est le plus vieux terrain de golf du monde, datant du quinzième siècle. Par conséquent, c'est normal que le «Royal and Ancient Golf Club» y siège .



Parmi les personnages importants de leur histoire, il faut nommer la malheureuse Marie Stuart, reine d'Écosse, rivale d'Élisabeth première, qui la fit guillotiner en 1587, après vingt ans d'emprisonnement. Walter Scott est leur romancier le plus célèbre. D'après lui, «Kelso» est le plus beau et le plus romantique village d'Écosse. Comme architecture remarquable, s'y trouve un pont à cinq arches, construit par John Rennie, en 1803. S'y trouve aussi les ruines du plus bel abbaye du pays où Walter Scott a voulu avoir son dernier repos. Ce dernier est mort à 61 ans, en 1832, à Abbotsford. J'ai retenu de lui ces paroles célèbres :



«L'Écosse m'a engendré,

l'Angleterre m'a enseigné,

la France m'a hébergé,

l'Allemagne me tient.»



Leur poète national, Robert Burns, fils d'un paysan pauvre, mourut à 37 ans, en 1796. Malgré sa courte vie, son oeuvre est considérable.



En Écosse, tous les lacs s'appellent «lock», excepté un seul, le lac Menteith. La plus grande étendue d'eau d'Angleterre est le Lock Lomond en Écosse, d'une longueur de quarante kilomètres. Il existe une chaîne de lacs reliés entre eux par un canal de vingt-neuf écluses dont la construction a commencé en 1803; elle dura quarante-quatre ans. Ce fut l'oeuvre de l'ingénieur Telford, ce qui permit aux petits bateaux de passer de la mer du Nord à l'océan, sans détour. C'est parmi cette suite de lacs que se rencontre le Lock Ness, connu à cause du monstre censé en habiter les profondeurs boueuses. Sa première apparition remonterait au dix-septième siècle. Mais son existence n'a jamais été prouvée.



Le meilleur souvenir que j'ai conservé des châteaux visités fut celui de Glamis, édifice historique le plus fascinant de la région. Ce château est la demeure ancestrale de la famille de la Reine-Mère qui y passa une grande partie de sa jeunesse. La princesse Margaret, la soeur de notre reine actuelle, y est née en 1930. Le château a la réputation d'être hanté et d'abriter un monstre caché dans une pièce secrète.



Le parc magnifique qui entoure le château a un superbe cadran solaire. Partout, malgré la saison tardive, j'ai admiré la verdeur des gazons et des prairies. C'était d'un vert fourni comme j'en ai rarement vu.



Finissons notre voyage par l'Irlande. Là, il n'est pas de tradition de venir souhaiter la bienvenue aux touristes. C'est un pays pauvre que l'Angleterre a tenu longtemps sous le joug. Chacun se rappelle la grande famine des années 1848 - 1849 qui avait obligé presque deux millions de gens à émigrer en Amérique. Le Québec en a accepté beaucoup. Les émigrants irlandais qui arrivaient par bateau restaient en quarantaine à La Grosse Île, île du fleuve Saint-Laurent à la hauteur de Montmagny. À cause des conditions morbides de la traversée, ils étaient souvent malades et contagieux. Il y a là tout un cimetière d'Irlandais, morts avant d'avoir pu aller plus loin. D'ailleurs, beaucoup mouraient durant la traversée.



Tout dernièrement, c'était encore la guerre, mais non déclarée, entre le Nord, anglais et protestant, représenté par Belfast et le Sud, irlandais et catholique, représenté par Dublin. L'origine de cette guerre larvée qui a dégénérée en terrorisme remonte aux élections de 1918. Elles avaient donné la victoire aux Nationalistes qui, en 1921, ont obtenu d'être détachés de l'Angleterre. Toutefois, les six provinces du Nord n'ont pas voulu se séparer, étant surtout habitées par des Anglais. Il y reste cependant une minorité de Catholiques-irlandais qui sont mal représentés au parlement local du Nord. La deuxième cause du conflit réside aussi dans le fait que le reste du pays, Dublin en tête, voudrait bien ravoir les six provinces qui ont refusé la Constitution de la République. Quand jouiront-ils d'une juste Paix...?



C'est saint Patrice qui a apporté le Christianisme en Irlande au cinquième siècle. Il est le patron des Irlandais et leur fête nationale est le 17 mars.



J'ai peu de souvenirs de ce voyage en Irlande. C'est le seul où nous n'avons lié amitié avec personne. Je me demande si la température n'a pas influencé les comportements de chacun.



Alors, nous quittons l'Europe pour toujours, satisfaits et même enchantés pour les bons moments vécus à l'étranger. Nous y étions allés à tous les ans, sauf une année, de 1974 à 1985. Nous avons traversé l'océan onze fois, ce que je considère comme un exploit, parce qu'avec les petits revenus que nous avions, il a fallu faire des prodiges d'économie pour y arriver.



Quelques-uns sont peut-être surpris que nous ne soyons pas allés en Terre sainte. Nous aurions sans doute eu une grande joie à visiter cette terre sanctifiée par le passage de Jésus. Je n'ai toutefois aucun regret de ne pas l'avoir visitée. J'ai la conviction que chacune de nos églises est une Terre sainte par la présence de Jésus dans le Tabernacle. Sa présence est aussi réelle qu'elle l'était à Jérusalem. On croit à l'Eucharistie ou on n'y croit pas. Nos actes doivent répondre de nos croyances. Je ne comprends pas qu'on puisse se dire chrétien sans aller au moins une fois par semaine rencontrer le Christ dans sa demeure. Il est l'Amour qui sert de baromètre de nos vies. Paul Morand a dit que le plus beau voyage est celui que l'on fait l'un vers l'autre.



Un poète a écrit que le départ est, pour plusieurs, une révélation parce qu'au retour, après avoir vu et revu le monde, ils comprennent et apprécient mieux la joie d'une vie tranquille au coin du feu. Moi, je suis trop curieuse pour ne pas vouloir repartir. Après l'Europe, ce sera de ce côté-ci de l'océan. Los Angeles a été notre premier choix. Nous y avons passé un mois et nous visitions les environs en profitant des excursions offertes. Durant ce mois, nous sommes allés voir San Francisco.



Nous avons très rapidement observé une pratique que j'ai trouvée extraordinaire. Comme c'était notre habitude, nous sommes allés à la messe le matin et l'église était remplie. Comme il n'y a pas eu de sermon, on en a déduit que ce n'était pas un temps de retraite, mais il nous semblait inhabituel que tant de gens aillent à la messe sur semaine. Par curiosité, le lendemain, nous sommes allés à la messe de 6 heures 30. Il y avait autant de monde qu'à celle de 8 heures. Il a fallu nous rendre à l'évidence, nous étions dans une paroisse très religieuse.



San Francisco est une ville très différente de Los Angeles, d'abord par la population, elle n'a pas le million et, elle est remplie de collines. Elle possède le fameux pont Golden Gate, de 67 mètres au-dessus de la mer et mesurant 1 280 mètres de long. C'était une mission espagnole, fondée en 1776, qui appartenait au Mexique, mais les Américains s'en sont emparés en 1846. Elle fut ravagée par un tremblement de terre en 1906. Un autre a eu lieu dernièrement, mais il était moins intense. C'est dans cette ville que la Charte des Nations-Unies a été signée le 26 juin 1945. Comme curiosité, on a vu un arbre de 315 pieds de haut et de 21 pieds de diamètre. Un vide a été creusé au centre de l'arbre, assez grand pour faire passer une automobile. Une autre chose qui étonne les gens, c'est le tramway, unique en son genre, qu'on appelle «the Cable Car»; il monte sur sa colline et une fois au faîte, il est retourné par le coup d'épaule de deux hommes. Il redescend la côte tout bonnement. Le rail forme un «S». C'est un attrait touristique formidable. Ce fut notre unique voyage dans l'Ouest américain.



En 1976, année du deuxième centenaire de l'Indépendance américaine, j'ai assisté à Philadelphie, au quarante et unième Congrès eucharistique international qui a duré une semaine. Chicago en avait été l'hôte en 1926. Montréal recevait le sien en 1910, le vingt et unième de la série.



Le premier s'est déroulé en France puisque cette manifestation religieuse a été fondée à Lille par mademoiselle Tamisier, en 1881. Elle voulait faire reconnaître universellement la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie, le faire glorifier par tous. Le thème de 1976 était : «Eucharistie et faims du monde». Le dernier, en 1993, s'est tenu à Séville, en Espagne, et avait pour thème : «Le Christ, lumière des nations et évangélisation». À Philadelphie, on avait réuni tous les francophones sur le même campus universitaire, le Bryn Mawr, qu'on avait appelé «Village francophone». Il y avait quatorze autobus du Québec. Le départ se faisait devant l'église Notre-Dame de Montréal. Quand un autobus était rempli, il partait et un autre prenait place et ainsi de suite. Tous se suivaient. Malheureusement, on n'a pas pu se suivre jusqu'au point d'arrivée. Notre chauffeur ne connaissait pas assez le chemin; il a perdu la trace des autres et nous avons mis beaucoup de temps à nous retrouver.



Une chapelle avait été aménagée et le saint Sacrement était exposé jour et nuit; nous avions deux messes par jour. Ma chambre était dans le même édifice que la chapelle. La nuit, je pouvais adorer sans sortir. Une cafétéria était aussi dans le même édifice. Nous sommes allés au stade du congrès seulement deux fois. Le gouvernement du Québec était représenté par le député de Matane, ministre de l'Éducation, Jean Bienvenue. Les officiels ont chacun fait un discours dans notre village francophone. On a évalué à plus de 4 000 les Québécois présents au congrès. Ils n'étaient pas tous dans nos quatorze autobus. Plusieurs étaient venus par d'autres moyens. J'ai gardé de très beaux souvenirs de ces cérémonies grandioses.



Le congrès terminé, nous avons visité quelques villes durant une autre semaine. Mon mari n'avait pas voulu venir à ce voyage. Cependant, il a vu ces villes, puisque nous y sommes retournés ensemble. J'aimais avoir une bonne idée des villes américaines. Tout est tellement différent de l'Europe. On réalise partout que c'est un grand pays. Dans les magasins, les allées sont larges et la marchandise n'est pas entassée, tandis qu'à Paris, même dans les magasins les plus chics, les allées sont étroites et chaque pied carré est utilisé au maximum.



Au pays, nous avons visité l'Ouest aussi. Nous avons pris un laissez-passer d'un mois sur le Canadien National et nous sommes partis le 17 septembre. À l'aller, nous n'avons effectué aucun arrêt d'Ottawa jusqu'à Vancouver. C'est au retour que nous avons fait connaissance avec les capitales des provinces et de quelques autres villes qui se trouvaient sur le trajet du train.



La visite a été agréable à Vancouver parce que la température était encore bonne. Le parc Stanley affichait toute sa beauté. Le hasard a voulu que la personne à qui nous avons demandé le premier renseignement soit une Québécoise. De plus, dans un magasin, en nous entendant parler, une étudiante québécoise nous a adressé la parole. Mais Victoria était vraiment «British». Je me suis demandé comment ils avaient pu échanger leur «Union Jack» pour la «Feuille d'Érable»... Plus le temps s'écoulait, plus il faisait froid. Les lieux touristiques, comme le lac Louise et Banff, étaient déjà fermés quand on y est passé. Le 5 octobre, nous étions à Winnipeg, avec une grosse gelée. À Toronto, la période couverte par notre laissez-passer était expirée; nous avons prolongé notre séjour puisque nous y avons parents et amis. Nous sommes retournés à Toronto quelques fois, mais chez de la parenté et nous n'avons pas eu à retenir des chambres d'hôtel.